«Je revendique le sérieux et la responsabilité budgétaire. Je veux la justice fiscale. J’appelle à l’effort national. Mais je refuse l’austérité.» Ces quelques phrases scandées par Jean-Marc Ayrault dans son discours de politique générale, mardi après-midi à l’Assemblée nationale, illustrent à la fois la person­nalité et le message du premier ministre. Ni emphase, ni effets rhétoriques, ni annonces, mais un discours austère d’une heure et demie dans lequel le chef du gouvernement a détaillé la politique qu’il entend mener selon le cap fixé par François Hollande: «Le redressement du pays dans la justice.» De nombreux engagements pris par le président de la République durant sa campagne, comme la création des 60 000 postes dans l’Education nationale, sont confirmés. Le tout chahuté par les députés de droite, qui ne cessent de huer bruyamment l’orateur.

Au lendemain de la présentation du rapport de la Cour des comptes appelant à une sévère ­discipline budgétaire, Jean-Marc Ayrault a réaffirmé l’objectif de ­réduction de l’endettement et de redressement des comptes publics, «un enjeu majeur». La dette de 1800 milliards d’euros, qui a augmenté de 600 milliards entre 2007 et 2011, représente près de 90% du PIB: son poids est devenu «écrasant». «L’Etat verse près de 50 milliards d’euros par an à ses créanciers. Cette somme représente la première dépense, juste devant le budget de l’Education nationale; elle est supérieure aux budgets de la Recherche, de la Justice et de la Sécurité réunis. C’est inacceptable!», reconnaît-il, appelant les Français à «unir leurs efforts et à retrouver le sens du combat commun» pour s’en sortir.

Les termes se font militaires: l’action à mener s’apparente à «un combat». Pour l’emporter, le premier ministre réclame «la mobilisation et l’engagement de tous». Il en appelle au «patriotisme» fiscal: «Le patriotisme, ce n’est pas fuir la France pour les paradis fiscaux et laisser à ceux qui restent le poids de l’effort.» Jean-Marc Ayrault demande aussi du temps pour mener les réformes, fiscales, industrielles ou écologiques: «Nous voulons ­installer le changement dans la durée», pas en cent jours, explique-t-il. «Des promesses, des pro­messes!», hurle la droite.

Très attendu sur la manière dont le gouvernement va opérer ce «redressement», le chef du gouvernement a surtout détaillé les nouveaux impôts qui frapperont les plus favorisés: dans un premier temps, retour en arrière sur l’allègement de l’impôt sur la fortune et des droits sur les grosses successions, sur le bouclier fiscal et sur l’exonération des heures supplémentaires dans les entreprises, ainsi que mise à contribution des grandes entreprises bancaires et pétrolières. «Les classes populaires et les classes moyennes seront épargnées», promet le chef du gouvernement. Par la suite, une réforme de l’impôt sur le revenu est prévue, ainsi qu’un plafonnement des niches fiscales, une nouvelle tranche d’imposition à 45% pour les plus riches, une «imposition exceptionnelle» de 75% pour les revenus annuels supérieurs à 1 million d’euros et une imposition des revenus du capital au même niveau que ceux du travail.

Sur le plan des économies, les propos sont moins concrets. Jean-Marc Ayrault souligne que «la maîtrise des dépenses est indispensable» et qu’il a demandé aux ministres de «réaliser des économies», mais ne donne pas davantage de précisions pour l’instant. La stratégie sera fixée dans une loi de programmation des dépenses publiques, qui couvrira l’ensemble de la législature. Dans l’immédiat, le chef du gouvernement récuse l’idée d’un «tournant de la rigueur»: «Les effectifs de la fonction publique connaîtront une stabilité globale, alors que le précédent gouvernement les détruisait massivement.»

Jean-Marc Ayrault a également confirmé plusieurs réformes: sociétales, comme le droit de vote des étrangers ou le mariage homosexuel; institutionnelles, comme la dose de proportionnelle ou le non-cumul des mandats. Au niveau économique, «un plan de reconquête industrielle» sera «prochainement» présenté par le gouvernement. Et après la conférence sociale de juillet, une conférence environnementale s’ouvrira à la rentrée «pour préparer le grand chantier de la transition énergétique».

Les députés UMP ont quitté l’hémicycle dès les derniers mots prononcés, sans écouter les déclarations des groupes. Dans la salle des Quatre Colonnes, où se retrouvent politiciens et journalistes, l’opposition a fustigé à l’unisson un discours qualifié d’«inquiétant», «préoccupant économiquement» et «irresponsable».

«Le patriotisme, ce n’est pas fuir […] pour les paradis fiscaux et laisser à ceux qui restent le poids de l’effort»