Jean-Pierre Jouyet, le maillon faible

France Le plus proche collaborateur de François Hollande pourra-t-il rester à l’Elysée?

Son départ serait un terrible échec pour le président

Après Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget qui planquait un compte en Suisse, après Aquilino Morelle, le conseiller qui faisait venir son cireur de chaussures à l’Elysée, après Thomas Thévenoud, le secrétaire d’Etat qui ne payait ni ses impôts ni son loyer, Jean-Pierre Jouyet sera-t-il le nouveau boulet de François Hollande? Huit mois après sa nomination à l’Elysée, l’ami de trente-cinq ans du chef de l’Etat pourrait entraîner ce dernier dans un nouveau voyage en enfer.

Et dire qu’en l’appelant au poste clé du secrétariat général de l’Elysée, François Hollande voulait prendre une assurance tout risque. Jean-Pierre Jouyet ne faisait pas seulement le lien avec le nouveau locataire de Matignon, Manuel Valls, qu’il connaissait depuis l’époque où ils avaient tous deux travaillé pour Lionel Jospin. «Il fallait une équipe quasi fusionnelle», vantait alors François Hollande. Choisir Jouyet comme bras droit, c’était surtout promouvoir l’ami intime, celui à qui l’on finit par tout pardonner, y compris l’infidélité, pourvu que l’on s’assure de ses précieux conseils et de son entregent. Jean-Pierre Jouyet, marié à Brigitte Taittinger (des champagnes du même nom) et membre du «Siècle» (le cercle qui rassemble l’élite française), est l’homme qui, autour d’une coupe de bulles, a toujours su rassembler mieux que personne grands patrons et politiques, de droite comme de gauche. Dans son appartement du très chic XVIe arrondissement parisien se pressaient les huiles. La famille se mêlait aux affaires. Christophe de Margerie, l’ex-patron de Total qui vient de s’éteindre, était le cousin de madame.

Après le passage de Jean-Pierre Jouyet chez Nicolas Sarkozy, le premier n’avait plus parlé à François Hollande pendant un an. S’il était passé à l’ennemi, disait-il pour plaider sa cause, c’était pour remplir une mission sur l’Europe, lui qui avait été autrefois le «dircab» (pour chef ou directeur de cabinet) de Jacques Delors à la Commission européenne. François Hollande avait fini par accorder le pardon à ce grand catholique. Au nom d’un si vieux compagnonnage. Comme Ségolène Royal et Michel Sapin, Jean-Pierre Jouyet était de la fameuse «promotion Voltaire» à l’ENA. Depuis, celui qui avait aussi été son compagnon de chambrée au service militaire était du premier cercle, épaulant même François Hollande dans les moments les plus instables de sa vie privée.

Nommé par Nicolas Sarkozy à l’Autorité des marchés financiers, il devient ensuite grâce à son ami François Hollande président de la Caisse des dépôts et consignations puis président de la Banque publique d’investissement avant d’être appelé à l’Elysée. Mais sa promotion, en avril dernier, au lendemain des municipales qui sonnent alors comme une raclée pour la gauche, est mal vue par les plus orthodoxes du parti. Non seulement Jean-Pierre Jouyet n’a jamais eu sa carte au PS mais il dit lui-même qu’il se trouve moins à gauche qu’Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l’Economie. N’avait-il pas déjà plaidé, lors de la campagne de 2007, pour un rapprochement avec le centre? Circonstance aggravante pour ses détracteurs: son absence supposée de sens politique.

Jouyet, c’est l’homme des gaffes. «Je suis plus modéré dans mes idées que dans mes propos», a lâché un jour celui qui a la réputation d’avoir la langue trop bien pendue. Passe encore qu’il ait annoncé avant tout le monde la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon. Il ne s’agissait là que d’un petit péché protocolaire. Mais s’il a vraiment cherché à jouer la courroie de transmission entre François Fillon et le «château» pour nuire à Nicolas Sarkozy? Ce serait un crime autrement plus lourd. Car c’est le souci affiché par François Hollande de «moraliser la vie publique» qui aurait alors été assassiné.

A droite, on réclame sa démission. Y compris Gérald Darmanin, le jeune porte-parole de Nicolas Sarkozy. «Jouyet est confondu de manipulations et de mensonges», dit-il, tandis que son champion, en meeting à Caen lundi soir, a dénoncé une «marée de boue». Le secrétaire général de l’Elysée n’est pas assuré de passer la semaine.

Jouyet, c’est l’homme des gaffes. «Je suis plus modéré dans mes idées que dans mes propos», dit-il de lui-même