Dimanche soir et lundi, Jean-Pierre Raffarin ne s'est pas exprimé après la défaite de l'UMP aux élections européennes. Il a ressurgi mardi comme un diable de sa boîte lors des questions des députés au gouvernement à l'Assemblée nationale, avant de s'adresser hier aux Français au journal télévisé de TF1 (lire l'encadré). «Pourquoi vous accrocher aux signes apparents d'un pouvoir qui vous échappe et à une politique qui va droit dans le mur?, lui demande le président du groupe socialiste. Allez-vous enfin remettre la démission de votre gouvernement au président de la République?» Jean-Pierre Raffarin répond: «Je m'attache à respecter scrupuleusement les institutions de la Ve République, et je ne puis que vous inviter à faire de même. Je constate qu'à défaut d'idées, de projet et de programme, vous avez choisi la stratégie de la chasse à l'homme.»

Le chef du gouvernement n'a jamais réussi à s'imposer comme la seule autorité sur sa propre majorité depuis 2002. Il doit sans cesse balancer entre l'omniprésence de Nicolas Sarkozy (ancien ministre de l'Intérieur et actuel ministre des Finances) et les choix du président de la République. Jean-Pierre Raffarin rappelle sans cesse que la réduction du mandat présidentiel à cinq ans a profondément modifié le fonctionnement des institutions et rapproché Matignon de l'Elysée. Le président de la République ne dispose plus de la même marge de manœuvre pour remanier ses ministères, et son destin est lié étroitement à celui du premier ministre qu'il a choisi.

Lorsqu'il répond au président du groupe socialiste de l'Assemblée, Jean-Pierre Raffarin sait déjà qu'il n'y aura pas de changement de gouvernement. Jacques Chirac l'a confirmé dans sa fonction lundi depuis l'Allemagne, non sans malice chez un chancelier allemand socialiste lui aussi défait lors des élections européennes. Les «réformes engagées doivent se poursuivre, explique Jacques Chirac. Pour avoir des résultats, l'action gouvernementale doit bénéficier d'une certaine continuité, s'inscrire dans la durée. Je vois mal que l'on puisse contester cette affirmation et, par conséquent, c'est déjà une raison tout à fait essentielle pour laquelle le gouvernement doit continuer et continuera sa tâche.»

En 2002, quand Jean-Pierre Raffarin se voyait pour cinq ans à Matignon, il faisait sourire jusque dans les rangs de sa propre majorité. Il pourrait avoir raison, au moins sur ce point. Jacques Chirac ne dispose ni d'une politique de rechange ni d'un autre premier ministre potentiel puisqu'il n'a pas voulu désigner Nicolas Sarkozy au lendemain des élections régionales. Ce dernier, qui s'est déjà déclaré candidat à la présidentielle de 2007, a désormais une stratégie qui ne passe pas par Matignon. Il montre clairement, sans le dire encore, qu'il souhaite succéder à Alain Juppé à la présidence de l'UMP tout en conservant son poste de ministre des Finances. Alain Juppé devrait quitter ses fonctions à la mi-juillet (l'élection de son successeur est prévue en novembre mais pourrait être avancée).

Pour l'instant, Jean-Pierre Raffarin et ses amis continuent de considérer le premier ministre comme le chef de la majorité, une affirmation qu'Alain Juppé ne souhaitait pas démentir. Si Nicolas Sarkozy devient président de l'UMP, et surtout s'il reste ministre des Finances, il en sera le chef incontestable et Jean-Pierre Raffarin n'aura plus que le statut d'un super chef de cabinet du président de la République. Opportunément, plusieurs ministres publiaient hier une tribune dans Le Monde où ils écrivaient: «L'UMP n'a pas pour but unique et immédiat de placer un champion sur orbite élyséenne, mais de soutenir un quinquennat gouvernemental.» Pendant qu'un autre ministre, Philippe Douste-Blazy, s'interrogeait sur la possibilité d'être à la fois président de l'UMP et ministre (sous-entendu: des Finances). Une manière de freiner l'enthousiasme de Nicolas Sarkozy et de laisser au président de la République le temps de voir s'il pourra lui trouver un concurrent avant l'échéance de 2007.