Mardi soir, à Strasbourg, lors du 50e anniversaire du Parti populaire européen, Jean-Pierre Raffarin vient d'entendre le premier ministre slovaque dire qu'il n'y a que deux destinations pour le socialisme: le paradis, mais c'était déjà fait, et l'enfer où là, il était déjà arrivé. Le premier ministre rétorque: «La France n'en est encore, dans

son chemin du paradis, qu'au purgatoire puisqu'il reste des socialistes.»

Le propos est rapidement rapporté à l'Assemblée nationale. Scandale à gauche, indignation. Jean-François Copé, le porte-parole du gouvernement, vient lire une mise au point du premier ministre. Il y exprime ses «regrets» à «ceux qui ont été blessés par une reprise partielle de [ses] propos». Les socialistes ne s'en contentent pas et demandent des excuses publiques. Mercredi matin, Jean-Pierre Raffarin appelle RTL, une démarche que la station de radio qualifie elle-même d'inhabituelle, et il explique: «Je n'ai voulu offenser personne, je regrette que certains aient pu être blessés, c'est vraiment un contexte d'humour et de boutade.»

Les regrets de Jean-Pierre Raffarin ne dérident pas les socialistes. C'est que le premier ministre n'en est pas à sa première «boutade». Au début du mois de juin, devant une assemblée de militants de l'UMP, il les accusait de «préférer leur parti à leur patrie». Raffarin le rond, le consensuel, le provincial tranquille, aurait-il perdu le contrôle de ses nerfs? Ou révélerait-il une haine de la gauche qui renvoie près d'un quart de siècle en arrière? L'explication est sans doute plus simple.

Jean-Pierre Raffarin, l'homme de communication, est aussi un orateur atteint du vertige de la tribune. Il faut l'avoir vu chauffer une salle pour comprendre que, dans ces moments-là, le plaisir de provoquer les bravos et les rires l'emporte sur les autres considérations. Après des mois de crise sociale, ses boutades prennent l'allure d'une agression. Et d'une maladresse, qu'il refuse de reconnaître. Comme ce fut le cas de Lionel Jospin pendant la campagne électorale de 2002. On sait ce qu'il advint du candidat socialiste à l'élection présidentielle. Il n'est pas certain que les dérapages incontrôlés de Jean-Pierre Raffarin seront oubliés de sitôt.