Certains inspirent la confiance quand d’autres attisent le doute. Prenez Jean-Pierre Roth. Le président de la Banque nationale suisse était jeudi dernier à Bruxelles l’invité de la chambre de commerce helvétique pour la Belgique et pour le Luxembourg. Une heure et demie passée à brosser le tableau de l’économie suisse dans la tourmente, puis à répondre aux questions de la salle, pressée d’en savoir plus sur les «malheurs» de la Confédération. Et l’impression, bien rare en ces temps de tourmente fiscale, que le vent de panique ambiant n’a pas encore tout fait craquer.

Notre banquier central sut, il est vrai, esquiver la question piège sur le secret bancaire, renvoyant sans surprise aux positions du Conseil fédéral. Pas question d’attiser le feu fiscal des grandes capitales européennes, à quelques jours du G20 de Londres. Mais pas question non plus, de nier l’évidence. Surtout quand, à sa table bruxelloise, se côtoient l’ambassadeur du Liechtenstein à Bruxelles et les principaux négociateurs suisses sur la fiscalité de l’épargne…

Son verdict? Serein et sévère. Oui, les grands argentiers internationaux ont été dépassés par la crise née des dérives américaines. Oui, les banques privées devront accepter demain davantage de contrôle. Oui, l’euro a joué, pour la Confédération aussi, un rôle incontestable de digue monétaire. Oui, la Banque centrale européenne est désormais un partenaire clef pour la Banque nationale suisse.

La présentation fut sobre. Comme l’est le personnage. Sans chercher à dissimuler les failles telles que l’absence de la Suisse au G20, ou la préoccupante fracture entre l’Europe de l’ouest et celle de l’est, où les emprunts massifs en francs suisses financèrent, selon Jean-Pierre Roth, l’équivalent d’«une crise des subprime». Mais l’essentiel du message du patron de la Banque nationale fut, au fond, contenu en une phrase à la veille du G20: «Protégeons-nous désormais de notre incompétence à gérer les risques». Un conseil adressé aussi pour l’avenir des relations bilatérales Suisse-UE?