Y a-t-il quelque chose de pourri au royaume du Parti travailliste britannique? Ou est-il devenu impossible de critiquer Israël sans être taxé d’antisémitisme? Depuis de longs mois, la polémique enfle autour de Jeremy Corbyn, le leader du Labour Party. Et voilà que le premier ministre israélien en personne, Benyamin Netanyahou, a décidé d’intervenir, demandant lundi de «condamner sans équivoque» les gestes et les propos du Britannique.

Militant de la cause palestinienne de longue date, pacifiste, le leader travailliste est accusé de fermer les yeux face aux dérives de certains militants, qui passent de la critique d’Israël à l’antisémitisme. Dès 2016, Jeremy Corbyn avait semblé hésiter à sanctionner son proche allié, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, qui avait affirmé qu’Adolf Hitler était sioniste avant la Seconde Guerre mondiale. Plus récemment, en avril, plusieurs députés travaillistes juifs ont témoigné de leur malaise, révélant les attaques internes qu’ils subissent chaque fois qu’ils s’inquiètent de propos flirtant avec la ligne rouge.

Couronne de fleurs

La dernière polémique concerne des gestes de Jeremy Corbyn qui remontent à 2014. Alors simple député, il s’était rendu à une conférence consacrée à la Palestine, organisée en Tunisie. A la fin, deux gerbes de fleurs avaient été déposées sur des tombes palestiniennes. La première commémorait 47 Palestiniens tués lors d’une attaque aérienne israélienne sur une base de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1985. La seconde, au centre de la controverse, rendait hommage à trois membres de Septembre noir, le groupe terroriste responsable de l’attentat qui avait fait onze morts aux Jeux olympiques de Munich en 1972.

Le quotidien britannique Daily Mail a publié samedi une photo montrant Jeremy Corbyn dans le cimetière palestinien, tenant une couronne de fleurs dans ses mains. Lundi, le leader travailliste a reconnu avoir été «présent» à la cérémonie mais «ne pense pas avoir été impliqué».

L’accusation vise aussi une vidéo datant de 2013. Le leader travailliste y critique la politique actuelle d’Israël en ces termes: «La Cisjordanie est sous le coup d’une occupation qui est reconnaissable par de nombreux peuples ayant souffert de l’occupation pendant la Seconde Guerre mondiale.» Ces propos reviennent-ils à comparer Israël au régime nazi, ce qui tomberait sous le coup de la définition de l’antisémitisme? Jeremy Corbyn dément, affirmant qu’il ne fait pas référence ici aux chambres à gaz mais à l’occupation militaire.

Vive réaction de Netanyahou

Ces deux affaires ont provoqué une vive réaction de Benyamin Netanyahou sur Twitter: «Le dépôt d’une gerbe par Jeremy Corbyn sur les tombes des terroristes qui ont perpétré le massacre de Munich et sa comparaison d’Israël et des nazis méritent la condamnation sans équivoque de tous: gauche, droite et tous entre les deux.» Le leader travailliste a répliqué durement. «Ce que le premier ministre israélien dit de mes actions et de mes mots est faux. Ce qui mérite une condamnation sans équivoque est l’assassinat de 160 manifestants palestiniens à Gaza par les forces israéliennes depuis mars, y compris des dizaines de mineurs.»

Ces accusations auraient moins fait réagir si le Parti travailliste ne s’était pas déchiré tout le mois de juillet sur la question de l’antisémitisme. En tentant de tirer un trait sur ces affaires, Jeremy Corbyn avait au contraire donné de l’oxygène à la polémique. Il a décidé d’intégrer dans les règles du Parti travailliste la définition très large de l’antisémitisme rédigée par l’International Holocaust Remembrance Alliance… mais en refusant d’y inclure l’ensemble des onze exemples proposés par l’organisation.

Nouvelles critiques contre Israël

Ces atermoiements ont provoqué la consternation au sein de son parti. Margaret Hodge, une députée juive respectée, a traité Jeremy Corbyn de «raciste et antisémite». Jim Murphy, un ancien ministre travailliste, a acheté une page entière de publicité dans le Jewish Telegraph, un quotidien juif, pour dénoncer sa «tristesse et colère» et présenter des «excuses»: «mon parti semble avoir délibérément tourné le dos aux juifs britanniques. C’est aussi inexplicable que destructif.»

Mais Jeremy Corbyn n’a visiblement pas l’intention de reculer. Dans un nouveau tweet, il a repris ses critiques contre Israël: «La loi sur l’Etat-nation soutenue par le gouvernement de Netanyahou discrimine la minorité palestinienne d’Israël. Je soutiens les milliers de citoyens arabes et juifs d’Israël qui manifestent ce week-end à Tel Aviv pour des droits égaux.»