Congrès

Jeremy Corbyn remporte la direction d’un Parti travailliste divisé

Réélu à 62%, le leader du Labour conforte son mandat populaire, mais les tensions avec ses propres députés restent profondes

Et maintenant, rassembler le parti. Jeremy Corbyn a été élu samedi à 61,8% à la tête du Parti travailliste, remportant son deuxième mandat un an après sa première élection. Le tenant d’une ligne politique très à gauche améliore ainsi son score de septembre 2015, quand il avait obtenu 59,5%, et il consolide plus que jamais son emprise sur le Labour.
Mais quand il a pris la parole à Liverpool juste après sa victoire, son ton n’était pas au triomphalisme.

Jeremy Corbyn sait qu’il se retrouve avec un parti profondément divisé. D’un côté, les 540 000 militants l’ont triomphalement confirmé à son poste. De l’autre, ses propres députés ne le soutiennent pas: 174 sur 230 d’entre eux ont voté une motion de défiance contre lui il y a seulement trois mois.

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Le sortant vainqueur tend un rameau d’olivier

Jeremy Corbyn a tendu un rameau d’olivier à ses opposants. «Nous avons beaucoup plus en commun que de raisons de nous diviser. Effaçons l’ardoise et reprenons à zéro.» Se tournant vers Owen Smith, son opposant avec qui les échanges ont été tendus et acrimonieux cet été, il a salué sa campagne. «Nous faisons partie de la même famille travailliste et cela restera toujours ainsi. Je vais tout faire pour repayer la confiance et le soutien que j’ai reçus pour rassembler notre parti.»

Un parti au bord du schisme

Cet appel au rassemblement est plus que jamais nécessaire. Le Parti travailliste est au bord du schisme. La machine administrative et les députés incarnent très majoritairement une ligne sociale-démocrate, dans la suite de Tony Blair et Gordon Brown. Face à eux, Jeremy Corbyn, 67 ans, propose un virage à gauche toute. Longtemps député marginal sans audience, il propose la nationalisation des chemins de fer, le désarmement nucléaire unilatéral et un plan de relance économique de 500 milliards de livres sterling (sur dix ans) sans expliquer son financement. Ce virage politique, doublé de la personnalité très intègre du leader, n’ayant jamais compromis ses principes, a provoqué un mouvement populaire de fond. Le nombre d’adhérents a triplé, à 540 000 personnes.

Les députés seraient sans doute prêts à lui pardonner si Jeremy Corbyn emportait l’adhésion du grand public. Mais sa cote de popularité est catastrophique. Les sondages donnent 40% aux conservateurs, dix points de plus que les travaillistes. Beaucoup pensent l’actuel patron du parti inéligible. Neil Kinnock, ancien leader des travaillistes, âgé de 74 ans, estime qu’il est «improbable qu’il revoie un gouvernement travailliste de (son) vivant».

Le précédent de 1981

Pour l’instant, un schisme formel semble écarté. En 1981, un précédent catastrophique a servi d’avertissements aux députés qui seraient tentés de quitter le parti. A l’époque, face au Labour qui virait de même à gauche, quatre députés influents avaient claqué la porte, créant le Social Democratic Party (SDP). Mais après avoir atteint des sommets dans les sondages, celui-ci a complètement échoué dans les urnes. Il a finalement fusionné en 1988 avec les libéraux, donnant naissance aux libéraux-démocrates.

Aujourd’hui, peu souhaitent prendre les mêmes risques. Le think tank Progress, proche de l’aile centriste, a appelé au rassemblement juste après l’élection de Corbyn. «Comme moi, vous êtes probablement déçus du résultat […], écrit Richard Angell, son directeur. Mais je refuse d’abandonner 120 ans d’histoire parce que la gauche dure a le contrôle depuis douze mois. Nous devons rester dans le Parti travailliste.» Sur les réseaux sociaux, il lance le hashtag #StayInLabour.

Des tensions internes croissantes

Mais même si un schisme est évité, Jeremy Corbyn va avoir du mal à gérer les différends internes. Plusieurs députés importants ont exclu de servir dans son cabinet fantôme. Chuka Umunna est l’un d’entre eux. Il avertit, clairement agacé par les agissements des proches du leader, que les appels au rassemblement ne suffiront pas: «L’unité ne viendra pas d’exigences, de menaces, de violences sur Internet comme on en a vu…» Andy Burnham, une autre figure influente du Labour, prévient qu’il n’y aura pas «de paix miraculeuse».

Une bataille à venir concernera la sélection des candidats pour les élections législatives. Les limites géographiques des circonscriptions sont en train d’être revues, et l’entourage de Jeremy Corbyn espère en profiter pour écarter quelques gêneurs et mettre en place ses propres candidats.

Avec des militants qui l’ont élu deux fois en douze mois, le leader actuel se retrouve dans une position intouchable, au moins à court terme. Mais ramener la paix au sein du Labour risque d’être très difficile.

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