Royaume-Uni

Jeremy Corbyn veut faire du Brexit sa porte d’entrée vers le pouvoir

Le leader du Parti travailliste affirme qu’il votera contre le plan de Theresa May et la défie d’organiser des élections anticipées

Le Brexit? Quel Brexit? Cinquante minutes après le début de son grand discours face au congrès annuel du Parti travailliste, mercredi à Liverpool, Jeremy Corbyn a enfin commencé à parler du sujet qui consume le Royaume-Uni. Eurosceptique de longue date, profondément ambivalent sur la sortie de l’Union européenne, le leader du Labour a toujours évité le sujet et n’a pas l’intention de définir son projet de société sur ce dossier. L’immense majorité de son discours a donc été consacrée à la lutte contre les inégalités, la fin de l’austérité ou encore la nationalisation des trains.

Pour la première fois, Jeremy Corbyn a cependant été très clair sur ses ambitions: il compte utiliser le Brexit comme moyen de prendre le pouvoir. Face à l’impasse actuelle des négociations, il défie Theresa May d’appeler à des élections législatives anticipées.

Si vous ne pouvez pas négocier un accord, alors il faut laisser la place à un parti qui peut le faire

Jeremy Corbyn au congrès annuel du Parti travailliste

Affichant une confiance évidente, il a été explicite sur un point crucial: même si la première ministre britannique trouve un accord avec Bruxelles, le Parti travailliste s’y opposera à la Chambre des communes et rejettera sa ratification. Etant donné que Theresa May ne dispose pas de majorité absolue et qu’elle fait face dans son propre camp à des brexiters durs qui estiment qu’elle a déjà fait trop de concessions, le processus de ratification se présente très mal.

Jeremy Corbyn, très détendu face à une salle qui chantait son nom à intervalles réguliers, en tire une conclusion logique. Si le plan de Theresa May est rejeté à la Chambre des communes, il demande la tenue d’élections anticipées. «Si vous ne pouvez pas négocier un accord, alors il faut laisser la place à un parti qui peut le faire.»

Exercice en futurologie

Et l’organisation d’un nouveau référendum sur le Brexit, qui a été âprement débattu par le parti depuis plusieurs jours? Jeremy Corbyn ne l’a évoqué qu’indirectement, affirmant que «toutes les options restent sur la table». La veille, après des heures de débat interne, les membres du parti avaient opté pour une motion particulièrement peu claire, où chacun peut lire ce qu’il veut: «Si nous ne pouvons pas obtenir des élections générales, le Labour doit soutenir toutes les options restant sur la table, y compris une campagne pour un vote du public.»

Autant dire que ce n’est absolument pas la priorité du leader du Parti travailliste. De toute manière, une telle motion est un exercice en futurologie, nécessitant d’abord un échec des négociations de Theresa May ou un rejet par le parlement, puis un refus de tenir des élections. On n’en est pas là.

Certes, Keir Starmer, chargé du Brexit au gouvernement fantôme des travaillistes, a obtenu une longue standing ovation mardi en affirmant qu’une des possibilités d’un nouveau référendum serait de rester dans l’UE. Mais ni Jeremy Corbyn, ni John McDonnell, son bras droit et proche confident, n’ont confirmé. Et le leader travailliste a répété ce mercredi qu’il fallait respecter le résultat du référendum de juin 2016. S’il a fait un pas vers sa base, qui est majoritairement opposée au Brexit, celui-ci est tout petit.

«Un plan radical pour reconstruire et transformer le pays»

S’il compte continuer à entretenir l’ambiguïté sur le Brexit, c’est pour mieux se concentrer sur «l’alternative radicale» qu’il propose. Jeremy Corbyn entend renationaliser les trains, la poste, les compagnies d’eau, d’électricité et de gaz. Il vante le système de santé gratuit mis en place en 1945 en affirmant: «C’est du socialisme pur.» Il veut forcer les entreprises cotées à donner 10% de leur capital à leurs employés (au rythme de 1% par an), afin que ceux-ci touchent les dividendes versés par leur employeur. Les conseils d’administration seront forcés d’avoir des représentants des salariés.

Jeremy Corbyn promet que le salaire des éducateurs et des nourrices commencera à 10 livres de l’heure (12,80 francs), que 30 heures hebdomadaires de garde gratuite seront offertes pour les enfants de 2 à 4 ans ou encore qu’il lancera un ambitieux plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui créera «400 000 emplois». «Les travaillistes offrent une vraie alternative aux Britanniques, un plan radical pour reconstruire et transformer notre pays.»

Sondages peu convaincants

Tout au long de son discours, Jeremy Corbyn l’a répété: «Le Parti travailliste est prêt à être aux commandes.» Au congrès à Liverpool, malgré les divisions sur le Brexit, les militants travaillistes sont unis par une chose: ils pensent qu’une victoire est à portée de main. Les sondages sont loin d’être convaincants: le Labour reste un ou deux points derrière les conservateurs, à environ 38% contre 40%, malgré les guerres intestines qui traversent ce dernier.

Mais le leader travailliste, 69 ans, qui a passé toute sa vie à défendre cette vision de l’économie, croit en sa bonne étoile. «Nous sommes unis et prêts à gagner, prêts à gouverner comme nous l’étions en 1945, 1964 et 1997.» Ce jeudi, il rencontre Michel Barnier, le négociateur européen, pour renforcer l’impression qu’il est désormais un acteur incontournable du pays. Pour lui, le Brexit sera peut-être le moyen de parvenir à Downing Street, pas la priorité.

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