Justice

Jérôme Cahuzac: les aveux, la faute et l’ombre de François Hollande

Lors de l’examen de sa personnalité mardi devant le tribunal, l’ancien ministre français du Budget a pour la première fois craqué. En affirmant que la question de son compte en Suisse ne lui a pas été posée par François Hollande

Il aura fallu attendre dix jours d’audience pour que Jérôme Cahuzac sorte de sa version des faits sans doute établie au mot près avec ses avocats. Reprise de l’audience ce mardi, au Tribunal Correctionnel de Paris pour le procès pour fraude fiscale qui s’achève en fin de semaine avec la banque genevoise Reyl parmi les prévenus. Le mensonge public de l’ancien ministre du Budget est au cœur de «l’examen de personnalité» qui doit permettre aux juges de comprendre pourquoi, quand, et jusqu’où il a menti, y compris devant l’Assemblée nationale en décembre 2012, après les premières révélations de «Mediapart».

On connaissait jusque-là le Jérôme Cahuzac maître de lui, rappelant à plusieurs reprises qu’il a commis une «faute», que toute cette histoire d’argent non déclaré est un «échec» largement dû à son souci de maintenir envers et contre tout son «train de vie», notamment les dépenses de vacances de luxe. Puis la première faille s’est ouverte. Pourquoi avoir continué de mentir, y compris devant les députés? Les mots hésitent. Les larmes coulent.

«Je n’ai pas menti au président»

A la barre, l’ancien ministre affirme qu’il devait tenir et qu’à aucun moment, le président François Hollande ne lui a posé «les yeux dans les yeux» la question de son compte en suisse. Il le répète: «Je n’ai pas menti au président, les yeux dans les yeux, ce n’est pas vrai». Le voici prisonnier de son propre mur: «Mon avocat m’a dit lors de notre premier rendez-vous que j’avais trois options: avouer, continuer à nier sachant que ça ne serait pas tenable, ou bien me tuer. Ce que j’ai exclu.»

On connaissait le Jérôme Cahuzac maître de lui, maniant témoignages d’affection pour son ancienne épouse et ses enfants, expliquant qu’il s’était fait une obligation de payer, par tous les moyens – donc via de l’argent non déclaré – les vacances à La Baule ou aux îles Maldives. Et la réalité des faits est remontée. Première rencontre avec son avocat face au tsunami de révélations. Me Jean Veil, selon Jérôme Cahuzac lui-même, éclate de rire: «Bien sur que vous avez un compte en Suisse!». La politique est un fantôme. Son fantôme.

L’ancien ministre n’a cessé, ce mercredi, de dire combien il aimait le parlement et le stress de la vie publique. Puis il raconte. Les insultes depuis ses aveux. Les passants qui le filment avec son téléphone. Cette dame qui dit avoir envie de «vomir» en le croisant. Ses enfants qui ne veulent plus aller au restaurant avec lui. Sa vie sociale? Extrêmement difficile. Plus de cinéma. Plus de théâtre. Le moins possible de lieux publics. Jérôme Cahuzac réside en Corse, dans une propriété acquise par sa mère où les villageois «le protègent». «C’est dur. Si c’est la peine que je dois encourir, je l’assume. Mais c’est dur».

400 000 euros d’impayés environ

La faute hante les débats. Dans la matinée, les chiffres ont été donnés par le président pour la période de la prévention: 2009-2012. Entre 150 000 et 300 000 euros de base imposable dissimulée pour chacune de ses années. 400 000 euros d’impayés environ. Avec son art consommé de choisir ses mots, de rappeler qu’il sait aimer et qu’il est encore aimé, Jérôme Cahuzac commente son propre parcours: «Ce n’est pas à moi de juger si je mérite cela.» Mais l’on se souvient aussi de ce qu’il a dit plus tôt. Lors d’une confrontation à côté de son ex-femme Patricia, l’ancien député socialiste a répété qu’il avait puisé dans ses comptes non déclarés pour «ne pas perdre la face» lorsque ses revenus baissèrent suite à sa défaite électorale de 2003. Elle a corrigé. Elle a dressé le portrait d’une épouse simple, pas obnubilée par le luxe, d’accord pour des vacances modestes comme lui ne les aimait pas. Elle, contrairement à lui, vit aujourd’hui seule. Sa clinique reste ouverte, mais elle vit seule.

Autre mur: on comprend à ce stade que Jérôme Cahuzac a fauté pour financer ses illusions. En famille comme en politique. Et que dans les deux cas, jusqu’aux révélations dans la presse sur son compte en Suisse, personne dans son entourage, de son cabinet médical jusqu’à l’Elysée, ne l’a aidé à faire face à la réalité.


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