Jérusalem s’embrase après une tentative d’assassinat

Proche-Orient Un Palestinien accusé d’avoir tenté de tuer un rabbin extrémiste dans la Ville sainte a été abattu

La tension n’a jamais été aussi forte à Jérusalem depuis la visite du leader du Likoud, Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées le 28 septembre 2000. A l’époque, l’événement avait dégénéré en tuerie et déclenché la deuxième Intifada. Quatorze ans plus tard, la tentative d’assassinat, mercredi soir, du rabbin d’extrême droite Yehouda Glick (49 ans) par Moutaz Hijazi (32 ans), un sympathisant du Djihad islamique condamné en 2000 à 10 ans de prison pour «activités terroristes» et libéré en 2012, risque de produire le même effet.

Une première depuis 1967

Certes, Moutaz Hijazi a été tué quelques heures plus tard dans un échange de tirs avec une unité spéciale de la police israélienne qui venait l’interpeller dans sa maison familiale d’Abou Tor, un quartier arabe de Jérusalem. Mais la mort violente de ce chayid (martyr) et l’importante présence policière israélienne ont aussitôt déclenché une reprise musclée des émeutes qui se déroulent de manière quasi ininterrompue dans la Ville sainte depuis le 12 juillet dernier, date de l’assassinat de Mohamad Abou Khdeir, un adolescent de Jérusalem brûlé vif par des extrémistes juifs qui voulaient venger la mort de trois adolescents israéliens assassinés en Cisjordanie.

Jusqu’à présent, même s’ils étaient violents, ces troubles étaient le fait de groupes de jeunes Palestiniens très motivés mais mal organisés. Or, la tentative d’assassinat de Yehouda Glick est d’un autre niveau. Car Moutaz Hijazi s’est d’abord adressé à sa cible en hébreu pour l’identifier avant de vider son chargeur dans sa poitrine et de prendre la fuite en moto.

Au terme d’une série de réunions sécuritaires convoquées d’urgence, le gouvernement de Benyamin Netanyahou et l’état-major de la police ont élevé le niveau d’alerte des forces de l’ordre sur l’ensemble de l’Etat hébreu. Plus particulièrement à Jérusalem, où de nouveaux renforts de gardes-frontière ont été envoyés. L’Esplanade des mosquées a été fermée pour la première fois depuis 1967 et plusieurs opérations coups de filet ont été lancées dans les milieux islamistes de Cisjordanie.

«Déclaration de guerre»

A Ramallah, l’Autorité palestinienne a réagi à ces mesures avec virulence. Le président Mahmoud Abbas a dénoncé «les restrictions israéliennes qui empêchent les musulmans de remplir leurs obligations religieuses». Il a également déclaré que la fermeture de l’Esplanade des mosquées constitue «une déclaration de guerre au peuple palestinien». Hier soir, Israël a décidé de rouvrir le troisième lieu saint de l’islam tout en en interdisant l’accès aux hommes de moins de 50 ans.

Surnommé «Gindji» (le rouquin) dans la colonie d’Otniel (dans la périphérie d’Hébron) où il réside, le rabbin Glick est une figure emblématique et de la frange nationaliste-religieuse de la société israélienne. Officiellement, il n’est qu’un simple militant du Likoud, le parti de Benyamin Netanyahou, et un délégué de base au congrès de cette formation. Mais il est également en contact avec de nombreuses organisations plus radicales dont le groupe extraparlementaire fascisant Kach.

Cependant, c’est en tant que leader des Fidèles du monde du Temple que ce rabbin d’origine américaine s’est fait connaître de l’opinion israélienne ainsi que d’une partie de la diaspora. Malgré l’opposition du grand rabbinat d’Israël, il s’est en effet spécialisé dans l’organisation de «pèlerinages» pour juifs pratiquants sur l’Esplanade des mosquées sous laquelle se trouvaient les ruines du Temple de Jérusalem.

A en croire les instances religieuses officielles, les prières prononcées à cette occasion sont «impies». Mais Yehouda Glick et ses amis politiques n’en ont cure, puisqu’ils veulent provoquer les fidèles musulmans dans l’espoir de déclencher des incidents. Leur rêve? Détruire l’esplanade, raser les mosquées et rebâtir le Temple de Jérusalem dont le mur des Lamentations est un lointain vestige.

Yehouda Glick est actif dans ce milieu depuis une quinzaine d’années. Charismatique, déterminé et beau parleur, il en est d’ailleurs le porte-parole. Ce qui lui a valu à plusieurs reprises d’être interpellé par la police. Avant lui, plusieurs autres extrémistes ont tenté à deux reprises de faire sauter l’Esplanade des mosquées. D’autres ont sombré dans le terrorisme anti-arabe dans le courant des années 1980.

Selon le Shabak (la Sûreté générale israélienne) et le service de renseignement de la police, Yehouda Glick et ceux qui le suivent sont des «bombes à retardement», dont les actions inconsidérées risquent à tout moment d’entraîner la région dans un nouveau cycle de violences.