Une nationalité et un parcours. Sur le papier, l’élection triomphale mardi du conservateur polonais Jerzy Buzek à la présidence du Parlement européen – en remplacement de l’Allemand Hans-Gert Pöttering – relève d’abord de la bonne géopolitique communautaire. «Ce poste très symbolique permet d’honorer les nouveaux pays membres, sans leur abandonner maintenant de trop importantes prérogatives», commentait un haut fonctionnaire de l’UE sitôt la victoire obtenue par 555 voix contre 644 suffrages exprimés. Explication: maintenant que la Pologne est récompensée, la distribution des postes clefs pourra se faire dans les mois à venir entre les anciens pays membres. Avec les grands Etats à la manœuvre.

Le symbole, pour autant, est de taille. Né sur le territoire de l’actuelle République tchèque en 1940, Jerzy Buzek avait tous les atouts requis pour devenir le premier Européen de l’Est à accéder à l’un des postes clefs de l’UE. Ancien premier ministre de 1997 à 2001, il fut l’un des rares chefs de gouvernement polonais à rester en place pour un mandat plein. Protestant dans un pays majoritairement catholique, cet universitaire, spécialiste de génie chimique, fut aussi l’une des chevilles ouvrières de Solidarité, et incarne donc la résistance au totalitarisme.

Goût pour le «compromis»

Venu de la province minière de Silésie, mais partisan résolu des technologies d’enfouissement en sous-sol du carbone pour lutter contre le réchauffement climatique, il représente enfin la reconversion indispensable des économies d’Europe centrale. Sa connaissance des dossiers scientifiques lui valut d’ailleurs d’être le rapporteur du quatrième programme «Recherche» de l’UE, à laquelle la Suisse est associée.

La difficulté, maintenant, est de savoir quelle sera sa pugnacité. Or à Strasbourg, pas mal de détracteurs reprochaient hier à cet homme de centre droit, connu pour avoir beaucoup privatisé en Pologne, son goût revendiqué pour le «compromis». Ou son refus d’entrer d’emblée en conflit avec les Etats membres sur la question toujours épineuse du siège de l’assemblée, divisé entre la capitale alsacienne et Bruxelles.

D’autant qu’au sein même du parlement, l’intéressé sera tributaire de «l’accord technique» entre conservateurs et socialistes qui l’a placé là pour deux ans et demi – soit la moitié de la législature, l’autre étant promise à la gauche – avec le soutien final des libéraux et des Verts. Ce qui lui laissera peu de marge de manœuvre.