Jeu perfide entre réalité et fiction

Daniel Kehlmann,écrivain

Un roman, Les Arpenteurs du monde, paru en 2005 et vendu à plus de 1,5 million d’exemplaires pour la seule zone germanophone, sans compter 42 traductions, a projeté Daniel Kehlmann, 34 ans, parmi les auteurs de best-sellers. Mais le fils du metteur en scène de théâtre Michael Kehlmann n’avait pas attendu cette consécration mondiale pour se signaler par un talent d’écrivain précoce. En 2003, son cinquième livre, Moi et Kaminski, l’avait déjà signalé sur la scène internationale. C’est pourtant bien dans Les Arpenteurs du monde qu’il démontre toute sa maîtrise du jeu perfide entre réalité et fiction. Sur le ton de l’ironie légère, avec une certaine distanciation, il raconte l’histoire de deux des plus grands savants allemands du XIXe siècle, le géographe et découvreur Alexandre von Humboldt et le mathématicien et astronome Carl Friedrich Gauss. Son dernier livre Ruhm (gloire) a été diversement reçu: des éloges pour son intelligence et son humour à de sévères commentaires pour sa facilité. Il s’est tout de même vendu à 500 000 exemplaires. L’été dernier, Daniel Kehlmann, qui vit entre Vienne et Berlin, a déclenché une polémique à l’ouverture du Festival de Salzbourg, où il était le «poète invité». Il a critiqué les mises en scènes actuelles en Allemagne qui «à l’heure où plus personne ne lit Marx, seraient le reflet d’une idéologie de gauche ratatinée et dégénérée».