Il y a d’abord la question piège: qui logera où? Et quels bureaux deviendront «stratégiques»? A Bruxelles ces jours-ci, une bonne partie des futurs fonctionnaires du «service de l’action extérieure de l’Union européenne» s’interrogent avant tout sur leurs destinées géographiques, autour de cet épicentre politique communautaire qu’est le rond-point Schuman.

Anecdotique direz-vous? Pas tant que ça. Pour prendre le cas de la Suisse par exemple, l’essentiel des dossiers bilatéraux sont aujourd’hui gérés au «Charlemagne», le bâtiment-phare de la DG Relex de la Commission, et au «Juste Lipse», l’immeuble de marbre brun du Conseil de l’UE, où l’ambassadeur helvétique Jacques de Watteville a été, mardi 24 novembre, auditionné par les Vingt-Sept. Une partie de la préparation technique de ces dossiers se joue un peu plus bas, rue de la Loi, au quartier général de la DG Taxud, spécialisée dans les questions fiscales. Sachant que rien ne peut être débloqué, ou obtenu, si un accord n’est pas scellé au « Berlaymont » le siège de la Commission Européenne où son président, José-Manuel Barroso, avait reçu à déjeuner le 15 décembre dernier Pascal Couchepin, Hans-Rudolf Merz et Eveline Widmer-Schlumpf.

Connaître, par conséquent, les futurs locaux des différentes directions et des différents commissaires a plus qu’une valeur symbolique. Surtout lorsqu’il s’agit de Catherine Ashton, la Britannique nommée le 19 novembre pour remplacer à la fois Javier Solana - interlocuteur traditionnel de la Suisse pour parler paix, opérations de sécurité, Iran, Libye... - et Benita Ferrero-Waldner, l’ex-homologue directe de Micheline Calmy-Rey, responsable en chef des relations avec les pays partenaires de l’Union pour la Commission.

Or Mme Ashton, dit-on, se tâte. Certains croient qu’elle restera au Berlaymont, vu son statut de vice-présidente de la Commission et sa proximité obligée avec José-Manuel Barroso. D’autres l’encouragent à siéger au « Charlemagne », près de ses troupes diplomatiques, pour bien marquer son indépendance. Quelques-uns, enfin, estiment qu’elle devra garder un bureau au « Juste Lipse », le repaire des Etats-membres. Donc des diplomaties nationales....

S’y ajoute, et la Suisse est là aussi concernée, la future organisation de cette diplomatie communautaire. Il est prévu, par exemple, qu’elle inclue certains aspects de la politique économique extérieure de l’Union, ce qui suppose une collaboration étroite avec le futur commissaire européen au Commerce...poste occupé justement par Mme Ashton depuis octobre 2008. Il est aussi prévu que le service de l’action extérieure ait un droit de regard sur l’aide au développement, surtout dans le cas de pays-clefs pour les opérations en cours de l’Union, comme l’Afghanistan, la Somalie, etc...

Il sera enfin indispensable, pour Mme Ashton, d’intégrer dans son futur service les aspects militaires (l’état-major européen, dirigé par le général Anglais David Leakey, et son comité militaire - le regroupement des chefs d’état-major nationaux - dirigé par le général suédois Hakan Syren) et civilo-militaires. Avec, pour y parvenir, la nécessité de nommer à la tête de chaque département des commissaires de haut niveau qui, a priori, ne peuvent pas être des commissaires adjoints, car le poste n’existe pas et que cela acterait la prééminence de certains pays sur d’autres. A moins que....Moralité: Pour négocier demain avec l’UE, l’administration suisse devra se munir d’un bon bottin. Et d’un bon plan.