Une «bévue aux conséquences énormes», racontait La Meuse dimanche passé. Et sans le savoir à ce moment-là, le journal allait encore en rajouter dans son article... Depuis des jours, l’histoire d’Assim Abassi défraie la chronique en Belgique, attisant médias et réseaux sociaux tout en poussant à quelques remises en questions.

Les faits initiaux remontent au 18 août. Assim, 22 ans, est observé par une caméra de surveillance sur l’Avenue Louise, à Bruxelles. La sécurité de l’ambassade d’Israël, notamment, repère le jeune homme. D’origine pakistanaise, légèrement barbu, celui-ci se balade alors avec un objet oblong sous un tissu, que certains ont pris pour une possible arme.

On ne sait pas exactement ce qui s’est passé pendant les semaines qui ont suivi, mais une chose est sûre: quelqu’un a transmis l’image aux autorités judiciaires. Soudain, mi-novembre, un avis de recherche est publié par la police fédérale. Il a été vidé de son contenu depuis mais apparaît encore en partie ici.

Le 17 mai, entre autres médias, 7 sur 7 rend compte de la publication de l’avis de recherche. «Qui est cet homme aperçu avec une arme sur l’avenue Louise?», se demande-t-on. L’article rend compte de spéculations déjà poussées: «La police fédérale a diffusé ce samedi un avis de recherche concernant un homme aperçu avenue Louise à Bruxelles. Il semble tenir dans ses mains une arme, dissimulée sous un vêtement. Il est activement recherché. Le dimanche 24 août, vers 10h20, un homme portant sous le bras un objet pouvant être une arme (de type fusil de chasse), dissimulé sous un vêtement, se trouvait avenue Louise à Bruxelles, à hauteur du numéro 507. Son comportement très suspect intrigue les enquêteurs. Il s’est arrêté pendant une dizaine de minutes à un arrêt de tram situé près du bois de La Cambre, avant de rebrousser chemin dans une direction inconnue. Qui est-il ?».

Dans une Belgique encore traumatisée par la tuerie du Musée juif de la capitale, en mai dernier, l’affaire prend vite de l’ampleur. Le 18 mai, La Dernière heure enfonce le clou, avec cette question angoissée: «Un tueur antisémite dans la nature?».

Cependant, peu après, le même journal précise que le principal intéressé «s’est rendu», selon les termes de l’article: «L’homme se promenait avec un sac sous le bras, ressemblant à une protection d’arme, type fusil de chasse. Inquiète, la justice a préféré lancer un avis de recherche pour identifier cet homme. Et très rapidement cela a porté ses fruits… L’homme en question s’est rendu aux autorités policières. Il a expliqué qu’il portait sous son bras, sa crosse de cricket! Adepte de ce sport, l’homme rentrait tout simplement chez lui après un entraînement. Plus de peur que de mal donc! Il ne s’agissait en aucun cas d’un éventuel terroriste!»

Une batte de cricket, donc. Samedi dernier, la RTBF donnait le détail de l’histoire: «Le jeune Assim Abassi, un Pakistanais scolarisé et résidant légalement en Belgique où il vit avec ses parents et ses 4 frères et sœurs (son père travaille à l’ambassade du Pakistan), est un joueur de cricket. Le jour où la photo en question a été prise, il se rendait à l’entraînement à Waterloo, il pleuvait, et il avait recouvert sa batte de cricket en bois avec son polo à capuche pour la protéger.»

La révélation de ces faits plutôt anodins n’a pas atténué l’implacable mécanique qui s’est mise en route. Le week-end dernier encore, les médias indiquaient qu’en raison de ces événements, l’ambassade a licencié le père de Assim: La Meuse, précisément, racontait les effets d’un «avis de recherche aux conséquences terribles, le papa d’Assim, qui travaille à l’ambassade du Pakistan, ayant été limogé par son employeur». En outre, la famille se serait fait retirer ses passeprt et devrait donc rentrer au pays.

Lundi, La Libre Belgique relatait que «la mobilisation s’est rapidement organisée sur les réseaux sociaux [par exemple via la radio de RTBF Vivacité], pour demander à l’ambassade, par mail ou par fax, de reconsidérer sa décision. La députée Ecolo Zakia Khattabi a également interpellé, par une question orale, le premier ministre Charles Michel pour lui demander s’il est «prêt à accorder, à titre de «dédommagement» moral un titre de séjour à cette famille victime d’un «délire collectif», fondé «sur ce qui apparaît aujourd’hui comme un délit de faciès».»

Le Soir ajoutait ensuite que «le procureur fédéral va prendre contact ce lundi avec l’ambassadeure pakistanaise à Bruxelles, Mme Naghmana Hashmi, pour lui expliquer que le jeune homme ayant fait l’objet d’un appel à témoins parce qu’il se promenait en rue avec ce qui semblait être une arme dissimulée, et sa famille n’ont rien à se reprocher [...]».

«Jeune, un peu barbu, trop basané», notait La Libre dans une chronique, en concluant ainsi: «Seul réconfort dans cette effroyable histoire: la mobilisation s’est organisée très vite sur les réseaux sociaux pour demander à l’ambassade du Pakistan de reconsidérer sa décision. Le procureur fédéral va prendre contact lundi avec l’ambassadeur pour lui expliquer… Lui expliquer quoi? Qu’il est devenu difficile de se promener à Bruxelles quand on est jeune, un peu barbu et trop basané?.»

Sauf que le père n’a pas été licencié: son contrat était à durée déterminée. RTL.be relevait le démenti de l’ambassade: «Tufail Khan Abassi [le père d’Assim] est arrivé en Belgique en juillet 2010 pour assurer un mandat de quatre ans au sein du service administratif de l’ambassade [...]. L’homme avait en effet reçu une lettre standard en mars dernier pour lui signifier qu’il devait se tenir prêt à repartir à Islamabad, lorsque les autorités du ministère du commerce lui auraient trouvé un remplaçant. «Il s’agissait donc de la procédure normale. Le départ futur de Monsieur Abassi n’a rien à voir avec les faits relayés dans la presse concernant son fils», a souligné Muhammad Khalid Jamali, conseiller à l’ambassade du Pakistan.»

Pour l’heure, la famille est toujours à Bruxelles. Elle y restera encore un moment, car la procédure d’engagement du successeur prendra son temps.