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Lundi soir, bien qu’ils aient obtenu quelques heures auparavant la démission du premier ministre, les jeunes Jordaniens s’apprêtaient à redescendre dans la rue.
© ANDRE PAIN / EPA

Jordanie

Les jeunes Jordaniens à l’assaut du régime

Les activistes, qui ont déjà obtenu la démission du premier ministre, réclament davantage. Euphoriques, ils se montrent prêts à multiplier les manifestations

L’heure est à l’euphorie. Lundi soir, bien qu’ils aient obtenu quelques heures auparavant la démission du premier ministre, les jeunes Jordaniens s’apprêtaient à redescendre dans la rue. «C’est une grande victoire, mais ce n’est pas encore assez. Nous exigeons la chute de tout le gouvernement et surtout, nous voulons que le pouvoir nous prenne en compte», explique au téléphone à Amman le jeune Hussein, l’un des responsables de Hirak Shababi (mouvement de la jeunesse), l’un des groupes qui organise depuis bientôt une semaine des manifestations sans précédent en Jordanie. Hirak Shababi? «Nous sommes des juristes, des ingénieurs, des employés ou des étudiants, poursuit le jeune activiste. Notre point commun, c’est que nous avons tous compris que le système politique se fiche complètement des citoyens. Or les citoyens, c’est nous!»

Ce mouvement de jeunesse est né en Jordanie dans le prolongement des «Printemps arabes» de 2011. A la suite de ces insurrections, la Jordanie s’est montrée tétanisée, bientôt entourée de pays en guerre et submergée par des millions de réfugiés, provenant en majorité de la Syrie voisine. La crainte d’être engouffré dans une spirale infernale – ajoutée à la présence des services de la sécurité jordanienne – avait fait taire toute contestation. Ce sont cependant des mesures d’austérité exigées par le Fonds monétaire international (FMI), et qui devraient se traduire par une forte hausse des impôts, qui ont mis le feu aux poudres.

L’épouvantail syrien

Alors que la dette jordanienne a explosé (notamment du fait de l’arrivée des réfugiés), le pays est aujourd’hui totalement dépendant des organismes internationaux ainsi que des Etats-Unis. Il y a un peu moins de deux ans, le FMI avait lié l’octroi d’un prêt de 723 millions de dollars à l’application d’une série de mesures d’austérité, ainsi qu’à la fin des subventions qui permettent de réduire le prix du pain et de l’essence. Les manifestations ont redoublé d’intensité après la décision du gouvernement, ces derniers jours, d’augmenter aussi le prix de l’électricité.

Hussein et ses amis bouillonnent. Mais pas question de mettre en danger la stabilité de la Jordanie, face à l’épouvantail que sont notamment la Syrie et l’Irak. Aux côtés de Hirak Shababi, de nombreux syndicats ont aussi appelé à la mobilisation, et les manifestations se sont étendues à la plupart des villes du pays. Mais pas trace d’une présence de partis politiques, et encore moins des islamistes issus des Frères musulmans. Pour cause de mois de ramadan, les manifestations ont lieu la nuit, et de nombreuses femmes y participent, parfois aux premiers rangs. «Nous demandons aux participants qu’ils nettoient les rues après les manifestations, glisse Hussein. Et qu’ils soient respectueux envers les membres des forces de l’ordre. Eux aussi sont des Jordaniens comme nous. Et eux aussi voient leurs impôts augmenter, et leur niveau de vie se dégrader.»

Le roi Abdallah II dans une position inconfortable

Adoptant une tactique déjà rodée par le passé, le roi Abdallah II s’est servi de son premier ministre comme d’un fusible. Lundi, il remerciait Hani Mulqi, entré en fonctions il y a deux ans, pour le remplacer par le ministre de l’Education et ancien cadre à la Banque mondiale Omar Razzaz, perçu comme plus accommodant envers les contestataires. Ces derniers jours, le roi avait appelé le gouvernement (dont il a l’ultime contrôle) à davantage de dialogue.

Au-delà de la contestation qui secoue le royaume, et bien qu’il ne soit pas directement visé par les manifestants, Abdallah est aujourd’hui dans une position inconfortable. Allié traditionnellement très proche des Etats-Unis, la Jordanie a été complètement ignorée par le président Donald Trump, au moment notamment de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. C’est le royaume hachémite qui est le garant des Lieux saints musulmans à Jérusalem, principalement de l’esplanade des Mosquées/mont du Temple. La Jordanie bénéficie d’une aide américaine de 900 millions de dollars par année. Mais au moment de justifier sa décision, Donald Trump n’a fait aucune allusion au rôle de ce pays, à l’inverse de l’Arabie saoudite.

Contrat de livraison de gaz à l’origine des premières contestations

Un manque de considération d’autant plus frappant que, il y a peu, le royaume hachémite avait conclu, à travers l’entreprise américaine Noble Energy, un important contrat de livraison de gaz israélien qui avait suscité de premiers mouvements de contestation. Quelque 70% de la population jordanienne est d’origine palestinienne.
Alors que le spectre politique jordanien a longtemps reflété le clivage entre Palestiniens et tribus jordaniennes (favorisées par la maison royale), le mouvement de jeunes Hirak Shababi entend aussi dépasser ce clivage, regroupant aussi bien les jeunes Palestiniens que les Jordaniens de souche.

De manière significative, un autre Hirak Shababi a aussi vu le jour dans les territoires palestiniens occupés par Israël, s’en prenant aussi bien à l’occupant qu’à l’Autorité palestinienne du président vieillissant Mahmoud Abbas. Il y a quelques mois, Israël avait pris la décision de juger ce mouvement comme une organisation terroriste et de le combattre en Cisjordanie. Aux yeux des forces de sécurité israéliennes, Hirak Shababi était téléguidé par l’Iran.

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