Les autorités moscovites ont promis de «réprimer sans délai» les manifestations organisées ce samedi 23 janvier. Une protestation contre la détention d’Alexeï Navalny à laquelle appelle son équipe. Jeudi, la porte-parole de celui que l’on surnomme «l’ennemi du Kremlin», Kira Iarmych, et une figure du mouvement, Lioubov Sobol, ont été arrêtées et ont comparu vendredi devant la justice pour avoir lancé cet appel aux rassemblements dans 65 villes du pays. Cette semaine, les utilisateurs des réseaux sociaux jouent de leur caisse de résonance pour relayer la contestation. Elle prend depuis une ampleur considérable.

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Pour la freiner, le Kremlin, le parquet et le Ministère de l’intérieur ont mis en garde les citoyens contre la participation à ces rassemblements. Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine, s’est exprimé sur ce point en insistant sur le caractère illégal de ces manifestations. Mercredi soir, Roskomnadzor – le service fédéral de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias de masse – a ordonné aux réseaux sociaux, sur demande du bureau du procureur général, de supprimer les contenus faisant la promotion des rassemblements à venir et de bloquer la diffusion des prochains.

La veille, Alexeï Navalny avait mis en ligne un site internet dédié à son enquête sur un palais appartenant, selon lui, à Vladimir Poutine. La vidéo qui l’accompagne a cumulé plus de 20 millions de vues en vingt-quatre heures et a entraîné une hausse des appels à manifester sur les réseaux.

La jeunesse russe se mobilise

Les différentes mises en garde du pouvoir n’ont pas empêché une partie de la jeunesse d’apporter son soutien à la mobilisation. Sur Instagram et VK – Vkontakte est l’équivalent russe de Facebook – ils partagent des vidéos ou caricatures dans lesquelles Alexeï Navalny, sa femme Yulia et son équipe sont tagués. Mais dans ce cortège virtuel, TikTok se place largement en tête avec le hashtag #свободунавальному – libérez Navalny en russe, qui a généré plus de 120 millions de vues.

Sur la plateforme chinoise, des étudiants se filment depuis quelques jours en train de décrocher le portrait de Vladimir Poutine ou de le remplacer par celui de son opposant. Ils se mettent en scène en raillant le prétendu palais de Poutine, imitent les mimiques d’Alexeï Navalny, diffusent des photos du couple et échangent leurs conseils juridiques en cas d’altercation avec les forces de l’ordre, mais aussi les bonnes pratiques à adopter pour éviter d’être blessé durant la manifestation. Un seul mot d’ordre: rendez-vous dans la rue ce 23 janvier.

Face à tant d’engouement, plusieurs universités et collèges ont décidé de déclarer cette journée comme un jour académique et menacent les absents d’exclusion. Le site d’information zona.media nous apprend que dans ce jeu de pouvoir et de contrainte, des établissements sont allés jusqu’à publier la liste de leurs élèves qui sont abonnés aux comptes du leader de l’opposition ou à des groupes de soutien sur les réseaux sociaux. Un collège de Balakovo a divulgué les noms et prénoms de ses étudiants concernés, ainsi que leurs dates de naissance et adresses.

Le Ministère de l’éducation s’est, quant à lui, adressé directement aux parents en leur demandant de «s’intéresser aux projets de leurs enfants et à les empêcher» de rejoindre les manifestations, détaille l’Agence France Presse.

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Pour tenter de contrer l’émulation, les soutiens de Vladimir Poutine ont adopté une autre stratégie, une sorte de cheval de Troie des temps modernes. Ils ont proposé aux influenceurs et influenceuses russes 150 000 roubles pour poster sur leurs comptes des vidéos dans lesquelles ils et elles pointent du doigt, conformément aux instructions reçues, le manque de patriotisme d’Alexeï Navalny. L’une d’entre eux a refusé et l’a fait savoir sur les réseaux sociaux, d’autres ont cédé à la tentation.

Quoi qu’il en soit, l’épuration des contenus est amorcée. Ce vendredi dans la matinée, Roskomnadzor a annoncé que TikTok avait supprimé 38% de ses contenus jugés illégaux, VKontakte et YouTube 50% et Instagram 17%. Le média meduza.io a également annoncé l’ouverture d’une instruction pénale concernant la diffusion en ligne d’appels à manifester pour soutenir Alexeï Navalny. «L’affaire a été ouverte en vertu de l’article pénal portant sur l’implication d’un mineur dans la commission d’actes illicites via l’internet, l’article 151.2 du Code pénal russe, section 2, points A et B, précise-t-il. Les enquêteurs de l’Etat n’ont pas encore identifié de suspects.»

Nul ne sait encore combien de ces étudiants et étudiantes seront bel et bien dans les rues ce samedi. Mais ce que l’on peut d’ores et déjà observer est leur capacité à rebondir face aux obstacles: le site de rencontre Tinder se transforme et devient un nouvel outil pour relayer la mobilisation.