«Le sport est dans l’ADN de Paris.» Saint-Clair Milesi égrène devant nous la centaine de manifestations sportives qui, après la commémoration de la journée olympique vendredi, entendent transformer la capitale française en grand stade ce samedi. Le titre de l’opération «La France en mode JO» résume le projet: incarner le concept clé de la candidature de Paris pour les Jeux olympiques d’été 2024. «Notre vision, c’est celle du partage», poursuit le responsable de la communication du comité de candidature. Auparavant, ce Franco-Brésilien a officié pour les Jeux de Rio. La fête, il connaît: «Paris, c’est le meilleur argument de notre dossier, poursuit-il. Notre objectif, c’est de démontrer que les Parisiens veulent ces Jeux, qu’il ne s’agit pas d’une foucade politique.»

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Impressionner le Comité international olympique

Le clou de ces manifestations en dit long sur la volonté des organisateurs d’impressionner les médias, et au-delà, le Comité international olympique dont la commission d’évaluation se réunira à Lausanne les 11 et 12 juillet. Ce vendredi soir, la piste d’athlétisme flottante, posée sur la Seine à la hauteur du Pont des Invalides, nargue les piétons. Cent mètres de long. Des flotteurs et des filins pour assurer sa stabilité. Paris 2024, ou ce lien unique entre le sport, l’histoire, et l’environnement urbain?

«Notre candidature est le résultat d’un partenariat public-privé. Nous avons conclu une charte sociale, une charte environnementale, une charte avec le patronat de l’Ile de France», complète Raphaël Leclerc, l’un des porte-parole du comité de candidature présidé par le canoéiste Tony Estanguet, trois fois médaillé olympique (2000, 2004, 2012), et par l’ancien président de la Fédération française de rugby Bernard Lapasset. On comprend la logique: jouer à fond l’écrin de la ville lumière, même si une grande partie des installations sportives seront en Seine-Saint-Denis, le grand département de la banlieue nord à la réputation aléatoire.

Le privé contre le public

Paris, parc olympique? La démarche consiste à accentuer le trait. En 2024, si les Jeux débarquent en bord de Seine, le taekwondo et l’escrime auront lieu au Grand Palais. Le tir à l’arc s’installera sur l’esplanade des Invalides. Le beach-volley posera filets et ballons au pied de la Tour Eiffel, sur le Champ de Mars. Sept ans avant, la manifestation qui se poursuit ce samedi ressemble donc à une répétition grandeur nature. «Il faut que les Parisiens comprennent comment ces Jeux peuvent changer leur vie, explique Saint-Clair Milesi. Notre adversaire, Los Angeles, présente une candidature entièrement privée, portée par les milieux d’affaires. C’est cela que nous voulons mettre en exergue à Lausanne, dans moins d’un mois.»

Le déplacement devant le CIO est déjà chorégraphié. Le 11 juillet, les deux comités de candidatures passeront un grand oral décisif devant sa commission d’évaluation. Un test pour lequel les Français peuvent désormais compter sur un allié de poids: Emmanuel Macron. Le président sera non seulement présent, mais il répondra lui aussi aux questions, à la fois durant l’évaluation, puis dans la zone mixte prévue pour rencontrer la presse. Une présence inédite, car d’ordinaire, les chefs d’Etat ou de gouvernement se réservaient pour la session finale, agendée en septembre à Lima (Pérou).

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Insubmersible

Macron paiera donc davantage de sa personne. Avec un seul mot d’ordre: tout miser sur 2024 et ne pas tomber dans le piège d’un éventuel report pour 2028. A Paris, l’idée du CIO d’attribuer simultanément deux éditions des JO n’est jugée ni convaincante, ni séduisante, ni appropriée: «Nous sommes en lice pour 2024, explique Saint-Clair Milesi. Les financements, les terrains, tout cela a été calculé pour cette date.» 2028, ou le grand dérèglement des compteurs olympiques.

Qu’en pensent les Parisiens? Au bureau d’information du Comité national olympique aux Invalides, les conversations vont bon train. Pour tous, la commémoration du centenaire des JO crées par Pierre de Coubertin devrait logiquement atterrir ici, dans sa ville. Tandis que coté organisateurs, la question des critères qui seront étudiés à Lausanne intrigue: «On aura quarante-cinq minutes de questions, après le rapport du comité d’évaluation sur chacune des villes candidates. Mais nous aimerions bien connaître les règles du jeu. Sur quoi le CIO va-t-il se fonder pour attribuer 2024 et 2028?» Sur la Seine, des sprinters s’échauffent sur la piste flottante. Bonne nouvelle: le revêtement est sec sous le soleil. Au bord du lac Léman, la candidature de Paris 2024 devra démontrer qu’elle est insubmersible.

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