Les villes-organisatrices des Jeux olympiques d’été rêvent toutes de rééditer l’exploit de Barcelone, qui s’est servi de cet événement en 1992 pour renouveler ses infrastructures et s’imposer comme destination touristique majeure. Et toutes craignent simultanément de répéter les erreurs d’Athènes, qui a gâché sa chance douze ans plus tard en dépensant à tort et à travers et en s’encombrant d’installations devenues rapidement inutiles. Au moment de déposer son dossier de candidature en 2009, Rio de Janeiro s’était donné pour modèle la capitale catalane. Las! Rattrapée par la crise économique qui frappe aujourd’hui le Brésil, elle risque de connaître un sort moins enviable, avertit le journaliste Jean-Jacques Fontaine dans un ouvrage paru il y a quelques jours.

Les organisateurs des JO 2016 ont prévu d’abriter l’événement sur quatre sites: le fameux stade de football du Maracana, pour les cérémonies d’ouverture et de fermeture; les zones de Copacabana et de Lagoa, pour les sports de plage et d’aviron; le quartier de Deodoro, pour une série de sports comme l’équitation et le tir; et la zone de Barra da Tijuaca, pour la majeure partie des compétitions. Décidés à dépenser cinq fois plus pour l’«héritage» que pour la «fête», ils ne se sont pas contentés d’aménager ces différentes zones cependant. Ils se sont aussi lancés dans une profonde recomposition du tissu urbain. Notamment en ressuscitant le quartier du port, l’ancien centre-ville, et en modernisant les transports publics par la multiplication des voies de bus rapide et l’allongement des lignes de métro.

Le résultat est mitigé, confie Jean-Jacques Fontaine, qui a suivi cet énorme chantier pour le compte du Comité international olympique (en tenant pendant des années le bulletin interne de l’organisation sur l’avancement des travaux). Rio sera prête pour les JO et certains projets urbanistiques ont d’ores et déjà été couronnés de succès, à commencer par la renaissance de l’ancien centre, métamorphosé par la démolition de l’autoroute qui le surplombait. Mais d’autres engagements ont posé problème.

Il en va ainsi de la promesse de nettoyer les eaux qui baignent la métropole, un objectif purement et simplement abandonné. Un échec douloureux pour une ville qui a abrité l’une des principales conférences jamais consacrées à l’environnement, le premier «sommet mondial de la terre» organisé en 1992. Les autorités municipales se sont par ailleurs souvent montrées maladroites au moment de procéder aux expulsions qu’engendre inévitablement ce type de très grands chantiers. «Au Brésil, commente Jean-Jacques Fontaine, les élites politiques n’ont pas la culture de la discussion. Or, leurs manières autoritaires passent d’autant plus mal qu’elles réveillent des souvenirs traumatisants du temps de la dictature.»

La déconvenue la plus grave a été cependant la chute du prix du pétrole et d’autres matières premières comme le fer, dont dépend étroitement l’économie brésilienne. Les grands travaux menés actuellement à Rio ont été entrepris dans l’idée que la croissance des années 2000 allait se poursuivre encore longtemps. Avec le retour de la récession, ils menacent désormais de ne pas dégager les bénéfices escomptés par des partenariats public-privé longtemps considérés comme modèles. «Le tassement du secteur immobilier risque d’accroître le niveau des risques pris par les promoteurs […], explique Jean-Jacques Fontaine. Cela peut signifier des désistements et le transfert d’une partie des coûts au secteur public après 2016.» Le souvenir des JO d’Athènes ressurgit.


«2016, Rio de Janeiro et les Jeux olympiques – Une cité réinventée», de Jean-Jacques Fontaine, éditions L’Harmattan, Paris, 2016.