PORTRAIT

Joachim Son-Forget, résilient de la République

Il a été trouvé dans une rue de Séoul et adopté en France. Il est médecin à Lausanne et éminent claveciniste chez les calvinistes


Que peut être une vie lorsqu’on est abandonné à l’âge de 3 mois sur un trottoir de bidonville? Courte le plus souvent, faute de nourriture, de soin et d’amour. Ce bambin eut de la chance puisque ce jour de juillet 1983 une patrouille de la police de Séoul qui passait par là le repéra. Dans ses maillots, un petit bout de papier avec cette date de naissance: 15 avril 1983. L’enfant passa la nuit au poste puis fut dirigé vers un orphelinat.

Trente-quatre ans plus tard, Joachim Son-Forget donne rendez-vous dans un hôtel particulier en Vieille-Ville de Genève. Il n’est pas chez lui mais y a récemment donné un concert de clavecin. Beau décor pour une photo, pensait-il. Le propriétaire des lieux, dont on taira le nom et qui connaît l’histoire de Joachim, donna son accord.

Palais-Bourbon

On ne peut rien refuser à un garçon né inconnu en Asie et qui peut s’enorgueillir d’être aujourd’hui à la fois un radiologue spécialiste du cerveau au CHUV, un musicien émérite qui le 13 février dernier a joué seul sur la scène du Victoria Hall et un habile politicien qui en juin pourrait très bien siéger au Palais-Bourbon en qualité de député de la République française. Voilà donc un modèle de résilience. Il attribue ses réussites et son éclectisme à son enfance introspective et à sa haute solitude.

Retour en Corée du Sud. Le bébé orphelin, «hirsute et plutôt moche, avec une grosse tête», lui a-t-on rapporté, est néanmoins jugé adoptable. Un couple français de la Haute-Marne emmène le petit Coréen et l’élève à Langres, ville natale de Diderot, parmi un quatuor de gosses eux-mêmes adoptés. Joachim développe vite une allergie totale pour la vie sociale et le système scolaire. Il étudie donc seul à la maison par correspondance et décroche un bac scientifique «avec de sales notes sauf en musique, où j’ai eu un 18 sur 20». Joachim est, depuis tout petit, très bon pianiste.

Karaté

Autre passion: les arts martiaux, auxquels il dit devoir sa carrière de médecin. Joachim a pour guide spirituel Henry Plée (décédé en 2014), pionnier du karaté en Europe, qui étudie les points vitaux secrets du corps humain. «Il m’a rendu curieux du fonctionnement entre le cerveau et le corps, m’a mis en relation avec la philosophie et les sciences, j’ai eu envie de comprendre notre machinerie», résume Joachim.

Médecine à Dijon et dans le même temps Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris pour étudier les sciences cognitives et faire des recherches en perception subliminale sur les conseils de Stanislas Dehaene, un ponte de la psychologie neuroscientifique. Puis il file en Suisse, «pays de l’excellence», décroche un doctorat en sciences à l’EPFL puis son doctorat en médecine à l’UNIL.

Durant ses études, il ne fut pas le plus assidu dans les amphis, potassant le plus souvent dans sa chambre de bonne et travaillant pour payer ses études comme brancardier ou aide-soignant «et même ouvrier de fonderie pour acheter une guitare et me lancer dans le jazz manouche, qui fonctionnait bien à l’époque dans les bars». Aujourd’hui quand il entend dire qu’En marche! d’Emmanuel Macron, dont il est devenu le référent en Suisse, «est le parti de la réussite heureuse, aisée et arrogante», Joachim Son-Forget se gausse et laisse persifler.

Béret basque vissé sur la tête (on ne saura jamais pourquoi ce couvre-chef), il vaque, pendule entre Genève (où il vit avec son épouse, leur fille et son garçon né d’un premier mariage) et le CHUV de Lausanne (où il est radiologue spécialisé en IRM cérébrale). Joachim aime ces allers-retours en train «et ce temps intime à écouter de la musique».

Il est devenu virtuose de clavecin à la suite de son divorce: «J’ai eu besoin de douceur et de délicatesse, le clavecin comme le tai-chi m’ont procuré beaucoup de bien-être.» La politique maintenant et cette nouvelle, tombée jeudi dernier: En marche! l’a investi au titre de candidat pour la circonscription des Français de Suisse et du Liechtenstein aux législatives de juin. Joachim Son-Forget a rencontré Emmanuel Macron en avril 2016 dans le cadre du Club XXIe siècle, qui regroupe des personnalités de la diversité (comme Fleur Pellerin, Rachida Dati ou Rama Yade). Les deux hommes se sont compris et Emmanuel Macron l’a invité à lancer son mouvement en Suisse.

Emancipation

Trois référents en mai 2016, un cercle de 1500 adhérents désormais. Quinze comités sur toute la Suisse, des tractages, des débats, un réseautage à travers les réseaux sociaux. «Le profil au début était surtout le jeune mâle surdiplômé, maintenant on brasse plus large et on s’est féminisé», se félicite-t-il.

Pourquoi Macron? «J’aime son attachement pour la liberté et l’émancipation de l’individu, son combat pour l’égalité des chances. Il va remettre de l’Etat là où il y en a besoin et habituer le pays à la fameuse flexibilité-sécurité comme en Suisse», énumère-t-il. Les 130 000 Français de Suisse inscrits sur les listes électorales qui traditionnellement votent à droite ont plébiscité Emmanuel Macron lors des deux tours de la présidentielle. Joachim Son-Forget juge en conséquence réelles ses chances de devenir le 18 juin au soir l’un des 577 députés français.


Profil

1983 Naissance en Corée et adoption en France.

2008 Arrivée en Suisse, y poursuit ses études de médecine.

2016 Engagement auprès d’Emmanuel Macron au titre des Français de

l’étranger.

2017 Concert de clavecin au Victoria Hall de Genève.

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