Controverse

Joachim Son-Forget, un député français dans la guerre du buzz

Le député des Français de Suisse et du Liechtenstein a fait ce week-end polémique en prenant la défense du leader des forains de Paris, Marcel Campion, accusé d’avoir tenu des propos homophobes

Le lac Léman n’est pas si tranquille. C’est de Genève, où il réside et séjourne chaque week-end, que le député macronien des Français de Suisse et du Liechtenstein, Joachim Son-Forget, a alimenté ce dimanche le buzz sur internet. En cause: son soutien inattendu au leader des forains de Paris, l’octogénaire Marcel Campion, en guerre ouverte contre la maire de la capitale française, Anne Hidalgo.

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Dans une vidéo prise lors d’une de ses interventions publiques et diffusée par Le Journal du Dimanche, le créateur du Marché de Noël des Champs-Elysées (qui n’a pas eu lieu en 2017) et l’exploitant de la grande roue du jardin des Invalides s’est livré à une nouvelle diatribe contre certains élus parisiens, tant pour leurs mœurs politiques qu’intimes. «Moi, j’ai rien contre les homos, d’habitude, je dis les «pédés», mais on m’a dit hier qu’il fallait plus que je dise ça. Donc je ne dis plus les pédés, je dis les homos. J’ai rien contre eux, sauf qu’ils sont un peu pervers ceux qui sont là», lâche, à propos de l’équipe municipale parisienne actuelle, celui que l’on présente souvent comme le roi des forains, propriétaire de plusieurs bars connus au marché aux puces de Saint-Ouen au nord de Paris.

«Climat de dénonciation permanente», selon Joachim Son-Forget

Juste avant, ce forain fort en gueule résolu à faire perdre Anne Hidalgo aux prochaines municipales du printemps 2020 avait de nouveau raillé le «Tree», la fameuse sculpture de Paul McCarthy exposée en 2014 place Vendôme durant la FIAC, la Foire internationale d’art contemporain: un monument qu’il compare à «un plug anal» avec force détails: «Vous savez, le truc qu’ils se mettent dans le fion, pour les pervers, là. A Noël, c’est bien, pour les enfants…»

Face à cette avalanche d’insanités, complétée par des attaques personnelles contre Bruno Julliard, l’ex-premier adjoint de la maire de Paris tout juste démissionnaire, les ripostes ont fusé pour dénoncer cette dérive homophobe condamnable aux yeux de la loi – l’homophobie étant un délit – selon ses détracteurs. Or au milieu de l’avalanche de critiques et de rejets courroucés de ces méthodes, une seule voix publique s’est manifestée pour nuancer l’affaire: celle de Joachim Son-Forget, le député de La République en marche (LRM), élu en juin 2017 avec 75% des voix par les Français de Suisse. «Il faut arrêter avec ces attaques et ce climat de dénonciation permanente sur internet, a-t-il expliqué au Temps. Les remarques de Campion sont déplorables mais il faut écouter la vidéo dans son ensemble. C’est trash, nul, mais il ne vise pas l’ensemble de la communauté homosexuelle. Il s’en prend à ses adversaires politiques de la mairie. On règle trop de comptes par le buzz. Je n’aime pas ce climat français de dénonciation permanente.»

Guerre ouverte pour succéder à Anne Hidalgo

Depuis plusieurs semaines, l’élu spécialiste des questions internationales – il est membre de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée et part bientôt en Turquie, à la frontière syrienne – ne cache plus son énervement devant certaines dérives de la politique hexagonale. «On ne prend plus en compte le tempérament de chacun. On veut que tous les propos publics soient lisses, censurés, acceptables pour tout le monde. Mais la politique, c’est aussi d’entendre ce genre de stupidités et d’y riposter proportionnellement.»

Malgré la tonalité déplorable des propos du forain, le député prend acte que Marcel Campion a défendu – comme celui-ci le dit dans la vidéo – une ex-foraine lesbienne auprès de ses pairs. Le buzz médiatique qui a entouré sa prise de position est évidemment indissociable de la guerre ouverte désormais lancée pour succéder à Anne Hidalgo à la mairie de Paris, un poste très convoité. Parmi les candidats déclarés, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a parlé lui de propos «à vomir». L’ancien adjoint Bruno Julliard, mis en cause et accusé «d’être de la jaquette» par Campion, a affirmé pour sa part qu’il allait saisir la justice.

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Un déferlement de réactions négatives

Né en 1983 en Corée du Sud, élevé par des parents français, radiologue de profession, Joachim Son-Forget est l’une des figures de la diversité de la nouvelle Assemblée élue voici plus d’un an. Sa voix dissonante est-elle aussi liée à son expérience de la politique helvétique? «On ne doit pas faire un scandale de tout. Campion se bat avec des arguments qui sont les siens, avec ses méthodes. Il n’accuse pas les homosexuels dans leur ensemble. Il attaque au vitriol une équipe municipale dont il dénonce les méthodes.»

Pourquoi avoir néanmoins, sur ce dossier bien éloigné de sa circonscription, risqué sa réputation? Son premier tweet répondait à Gaspard Gantzer, l’ancien conseiller en communication de François Hollande, aujourd’hui… candidat à la mairie de Paris: «Il ne faut pas que ce quinquennat devienne celui des «omertas», des lois du silence, des voix qu’on bâillonne», poursuit le député des Français de Suisse pour se justifier, tout de même assommé par le déferlement de réactions négatives devant ses commentaires. «Que cela soit clair, je ne relativise pas les propos de Monsieur Campion, a-t-il déclaré à L’Obs. Mais ce n’est pas mon rôle de jouer les chevaliers blancs sur les réseaux sociaux. Que fallait-il faire? Avoir une parole consensuelle, dire toujours ce qu’il faut quand il le faut, faire comme tout le monde quitte à ce que cela participe à un phénomène de meute, de lynchage? Pourquoi ne devrait-il y avoir que des petits juges sur Twitter?»

Et de conclure dans L’Obs: «Par ailleurs, les réactions à mon message sont une expérience psychosociale très intéressante. Beaucoup d’internautes qui m’accusent à tort d’être homophobe m’envoient des messages racistes. Cela montre bien les dérives et le déferlement de haine provoqué par le name and shame.» Une nuance importante, mais pour l’heure très difficile à faire entendre. Et visiblement très mal comprise par tous ceux que les insultes du forain le plus célèbre de France ont cruellement blessés.

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