Dans un décorum extraordinaire – le «hall des statues» du Capitole –, Joe Biden n’a pas manqué, jeudi, de fermeté lors de son discours un an après l’assaut, qu’il a qualifié d'«insurrection armée». Flanqué de deux immenses drapeaux américains, il a accablé Donald Trump, sans jamais le nommer directement, l’accusant d’avoir «répandu un tissu de mensonges» et d’être responsable des violences. «Parce que son ego blessé lui importe plus que la démocratie, il n’a pas accepté sa défaite», a-t-il tonné. Avant de lâcher: «Je ne laisserai personne mettre le couteau sous la gorge de la démocratie.»

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Le démocrate n’a pas ménagé son prédécesseur. Il a certes haussé le ton, s’est posé en garant des institutions, en sauveur de «l’âme de l’Amérique», celui qui refuse que la «violence politique devienne la norme». Mais il est difficile ne pas y déceler également un président aux abois, sur la défensive, alors qu’il entre dans une année cruciale, avec un taux de popularité en berne: en novembre, lors des élections de mi-mandat, les républicains ont une chance de retrouver une majorité au sein du Congrès. Son discours, il aurait par ailleurs pu le prononcer il y a exactement un an. Il n’en demeure pas moins puissant et d’une gravité inhabituelle.

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Joe Biden a attaqué, mais pas vraiment rassemblé. Il faut dire que l’Amérique est si polarisée qu’un discours plus centré sur l’avenir du pays que sur l’autopsie de l’attaque du Capitole aurait peut-être été perçu comme trop mou. Le démocrate a donc fait un choix, celui d’être dans la démonstration de force, la combativité. Prêt à se faire attaquer par Donald Trump, qui a renoncé à sa conférence mais immédiatement dénoncé un «théâtre politique». Et au risque de creuser encore davantage les fractures du pays, à consolider deux camps qui paraissent presque irréconciliables. D’ailleurs, Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, n’a pas manqué d’accuser dans un communiqué les démocrates «d’exploiter» cet anniversaire «pour promouvoir des objectifs politiques partisans qui existaient bien avant».

Les responsables politiques du drame n’ont pour l’instant pas encore été inquiétés, alors que plus de 725 émeutiers ont été inculpés. Sous pression, le ministre de la Justice Merrick Garland a promis, mercredi, que tous les responsables de l’assaut seraient poursuivis, «quel que soit leur statut». Mais on attend toujours.

Covid, inflation, retrait chaotique d’Afghanistan et difficultés à faire passer ses titanesques réformes au Congrès sont autant de dossiers qui pèsent sur le mandat de Joe Biden. C’est donc aussi à la lumière de ces événements qu’il a façonné le ton de son discours. La veille, dans le New York Times, l’ancien président Jimmy Carter, qui a fêté ses 97 ans le 1er octobre, ne mâchait pas ses mots: «Notre grande nation titube désormais au bord d’un précipice de plus en plus profond […] Sans action immédiate, nous risquons sérieusement de connaître un affrontement civil et de perdre notre précieuse démocratie.»

Avec son ton guerrier, Joe Biden a-t-il fait entrevoir jeudi l’espoir de profonds changements? Pas vraiment.