Vendredi, 6 novembre 2020. Un tweet présidentiel part vers 18 heures de la Maison-Blanche. Donald Trump écrit: «Joe Biden ne devrait pas revendiquer à tort la présidence. Je pourrais moi aussi la revendiquer. Les procédures judiciaires ne font que commencer!». Explications de texte: il sait que le démocrate Joe Biden va s'exprimer dans la soirée avec sa colistière Kamala Harris depuis sa ville de Wilmington (Delaware), et ne peut pas supporter l'idée d'apparaître comme le perdant. Donald Trump semble avoir la mémoire courte. Dès mardi soir, jour de l'élection présidentielle, il avait revendiqué sa future victoire, avec beaucoup d'assurance. Rebelote le lendemain. En ajoutant qu'il ne pourrait perdre qu'en raison du «vol» du scrutin par les démocrates. 

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Une très longue attente

Vendredi a été une nouvelle journée éprouvante. Deux chiffres n'ont pas bougé, ceux des grands électeurs empochés par chacun des candidats: 253 pour Joe Biden et 213 pour Donald Trump. Or le chiffre magique à atteindre est de 270 sur 538. Quatre Etats – la Géorgie, la Pennsylvanie, le Nevada et l'Arizona – n'avaient toujours pas dépouillé l'ensemble des bulletins de vote. Mais vers 20 heures, quand Joe Biden était censé s'exprimer depuis son fief, attendu par des centaines de supporters, il menait dans les quatre Etats, laissant augurer une victoire imminente. La Géorgie a toutefois annoncé dans la journée qu'elle procéderait à un nouveau dépouillement, les deux candidats y étant au coude-à-coude, avec seulement environ 4000 voix de différence. L'attention se focalisait donc sur les trois autres Etats - 37 grands électeurs au total -, avec de savants calculs pour déterminer si les bulletins qui restaient à dépouiller avantageraient plutôt le démocrate ou Donald Trump. 

Joe Biden avait de quoi être confiant, notamment avec la Pennsylvanie, où les derniers bulletins comptabilisés lui permettent de consolider son avance. Mais prudent, il ne s'est finalement exprimé que vers 22h50 (heure de la Côte Est), espérant jusqu'au dernier moment des résultats plus clairs. Il a besoin de communiquer, est impatient de mettre fin au cauchemar et à la longue attente, mais ne peut pas se permettre, dans ce contexte délicat, avec un président sortant qui s'accroche au pouvoir en voulant faire croire à des «fraudes massives», de faire le moindre faux pas. 

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Un chiffre inédit

«Nous n'avons pas de déclaration finale de victoire, mais nous allons gagner cette course!», a-t-il déclaré à peine monté sur scène. Kamala Harris était à côté de lui mais ne s'est pas exprimée. Le démocrate a évoqué son avance dans les quatre Etats, rappelé que 74 millions d'Américains avaient déjà voté pour lui (4 millions de plus que pour Donald Trump), un chiffre jamais atteint par un candidat à la présidence. Sur un ton présidentiel, ferme, il a appelé à l'unité, à «se rassembler» pour surmonter la «colère», tendant la main à ceux qui n'ont pas voté pour lui: «Nous sommes peut-être des adversaires, mais nous ne sommes pas des ennemis. Nous sommes avant tout des Américains.»

Joe Biden a également fait preuve d'empathie envers ceux qui ont souffert du coronavirus et de ses conséquences, et promis de s'attaquer à la pandémie «dès le premier jour». «Nous n'avons pas attendu de nous mettre au travail», a-t-il ajouté, en prenant sa colistière à témoin. Dernier rappel, utile: «Notre démocratie fonctionne. Vos votes seront entendus.»

Des systèmes dépassés par l'ampleur de la tâche

Le recours massif au vote par correspondance, à cause de la pandémie du coronavirus, ainsi que le taux de participation record de plus de 67%, expliquent en partie le temps pris pour comptabiliser tous les bulletins. Certains Etats n'étaient tout simplement pas équipés pour traiter des bulletins par correspondance qui arrivaient en nombre. Les Etats américains ont par ailleurs des règles différentes, concernant les dates d'envoi et de réception des bulletins. Sur les 160 millions d'Américains qui ont voté par anticipation, 65,2 millions l'ont fait par correspondance, selon une estimation du US Elections Project.

Joe Biden poursuit donc son ascension vers la Maison-Blanche, avec cette quasi certitude d'être le futur président mais sans oser encore le dire. La prochaine fois qu'il s'exprimera sur scène à Wilmington, près du Chase Center, sera probablement la bonne. Il devra toutefois encore attendre les décisions de plusieurs tribunaux saisis par des républicains pour contester des votes avant de pouvoir en profiter pleinement.