«Middle Class Joe» dans toute sa puissance. Pour son premier grand discours de politique générale mercredi soir devant le Congrès, à la veille de ses 100 jours, Joe Biden s'est essentiellement adressé à la classe moyenne. Il a confirmé avoir l'intention de taxer les plus riches, a promis des «millions d'emplois» aux Américains «oubliés» et incité à «produire et acheter américain», tout en se présentant en président de la transformation, capable de surmonter les crises. «Maintenant, après seulement 100 jours, je peux dire à la nation: l'Amérique va de nouveau de l'avant. En transformant le péril en possibilité, la crise en opportunité, le revers en force!», a-t-il martelé.

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Message aux Américains «oubliés»

Après avoir réussi à faire passer un plan de relance à 1900 milliards de dollars au Congrès, le démocrate se concentre sur son plan d'investissements en deux volets - infrastructures et éducation -, qui, assure-t-il, doit favoriser des «millions d'Américains» qui se sentent à l'écart. «Je sais que certains d'entre vous se demandent si ces emplois sont pour vous. Vous êtes nombreux à vous sentir abandonnés et oubliés dans une économie qui change rapidement», a-t-il relevé plein d'empathie, le regard planté dans la caméra. «Mais près de 90% des emplois dans les infrastructures ne nécessitent par exemple pas de diplômes universitaires».

Un message à peine voilé aux Américains déçus qui ont contribué à l'élection de Donald Trump. Joe Biden veut montrer qu'il ne les oublie pas, lui qui s'est attelé durant sa campagne présidentielle à remobiliser des électeurs perdus en 2016, notamment dans la «Rustbelt» des Etats du Nord-Est. «Ce n'est pas Wall Street qui a bâti l'Amérique, mais la classe moyenne. Et les syndicats ont construit la classe moyenne», a-t-il une nouvelle fois déclaré. Un de ses slogans favoris. 

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Deux femmes derrière lui

Joe Biden a notamment mis l'accent sur son «Projet pour les familles américaines». Un plan à 1800 milliards de dollars sur 10 ans, dont 1000 millards d'investissements et 800 milliards de réductions d'impôts pour la classe moyenne. Il veut le financer en taxant davantage les plus riches et en doublant les impôts sur les revenus du capital des foyers gagnant plus de un million de dollars par an. But du plan: favoriser l'éducation (avec notamment la maternelle gratuite pour les 3 et 4 ans), réduire la pauvreté infantile de moitié, ou encore promouvoir douze semaines de congés parentaux et des crédits d’impôts pour les enfants.

Son allocution au Capitole s'est déroulée de façon particulière Covid oblige. Au lieu des près de 1600 invités habituels, seules 200 personnes étaient présentes, masquées, presque toutes vaccinées. Et uniquement deux ministres, le Secrétaire d'Etat et le chef du Pentagone, ont fait le déplacement, les autres étant priés de rester derrière leur écran. Pour la première fois, le président était, dans ce contexte solennel, entouré de deux femmes: sa vice-présidente, Kamala Harris, et la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi. Un moment historique. «Il était temps!», a d'ailleurs glissé Biden au début de son discours, en se tournant vers elles. 

L'administration Biden avait divulgué des éléments du discours quelques heures plus tôt, par souci de bien faire passer le message présidentiel. Immigration, brutalités policières, mort de George Floyd, racisme, violences domestiques, port d'armes, privilèges des plus riches, lutte contre le cancer, droit de vote, divisions politiques, relations avec des régimes autoritaires: la liste des sujets évoqués par Joe Biden a pris des allures d'inventaire à la Prévert. Il a repris la plupart des thèmes évoqués dans son discours de prestation de serment. Le démocrate a par ailleurs une nouvelle fois milité en faveur d'un salaire minimum à 15 dollars de l'heure. Et redit son optimisme quant à l'avenir de l'Amérique, le besoin de «revitaliser la démocratie» et de «travailler ensemble». Mais il a aussi évoqué la Suisse. Et pas en de bons termes: «De nombreuses entreprises pratiquent l'évasion fiscale par le biais de paradis fiscaux, de la Suisse aux Bermudes en passant par les îles Caïmans», a-t-il dénoncé.

Joe Biden s'est bien sûr félicité des «progrès extraordinaires» menés dans la lutte contre le coronavirus - 220 millions de doses de vaccins administrées. Désormais, les Américains entièrement vaccinés - 96 millions de personnes, soit près de 30% de la population - n'ont plus besoin de porter de masques, sauf en présence de foules. Pas une seule allusion directe à son prédécesseur pendant son intervention, à part ceci: «Il y a cent jours, la maison Amérique était en feu. Mais elle est de nouveau prête à redécoller». Pour Joe Biden, l'important est de se montrer confiant en l'avenir. Et surtout d'appeler à l'unité. Car c'est bien face à un Congrès très polarisé qu'il va devoir tenter de faire passer ses grandes réformes.