Donald Trump va-t-il changer d’avis et de comportement après ce 14 décembre, jour où les grands électeurs ont officiellement confirmé la victoire du démocrate Joe Biden, par 306 contre 232? Non. Il refuse toujours d’admettre sa défaite. Pourtant, Joe Biden deviendra bien le 46e président des Etats-Unis le 20 janvier à midi, quand il prêtera serment. Même Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, a fini par le féliciter mardi, après des semaines de silence. Joe Biden a encore une dernière étape à franchir: la validation des résultats le 6 janvier par le Congrès. Une formalité. Comme cette journée du 14 décembre, finalement: jamais dans l’histoire américaine le vote des grands électeurs n’a invalidé les résultats d’une élection. S’il arrive que des grands électeurs renégats («faithless electors») ne jouent pas le jeu, l’avance de Joe Biden ne permettait aucune surprise.

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La «flamme de la démocratie»

Reste que la cuvée 2020 a une saveur bien particulière, à cause de l’énergie déployée par Donald Trump pour contester les résultats, s’attaquer au vote par correspondance, dénoncer des «fraudes massives» et parler d'«élection truquée». Il est parvenu à laisser planer le doute, non pas sur les résultats finaux – Joe Biden a 7 millions de voix en plus au niveau du vote populaire –, mais sur le processus électoral et le système d’élection au suffrage universel indirect. Il avait d’ailleurs déjà posé les jalons de sa stratégie de déstabilisation et de décrédibilisation avant le jour de l’élection.

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Dans la soirée de lundi, c’est depuis Wilmington, la ville du Delaware où il réside, que Joe Biden a pris la parole. Avec toujours un seul but, celui de se présenter comme le «président de tous les Américains». Il a appelé ses citoyens à «tourner la page» du mandat Trump, en critiquant férocement son prédécesseur et ses tentatives de jeter le discrédit sur les élections, une «position extrême jamais vue auparavant»: «Il a refusé de respecter la volonté du peuple, de respecter l’Etat de droit et a refusé d’honorer notre Constitution.» «Dans la bataille pour l’âme de l’Amérique, la démocratie l’a emporté», a-t-il relevé, en insistant sur l’intégrité des élections. «La flamme de la démocratie a été allumée il y a longtemps dans ce pays. Et nous savons désormais que rien – ni même une pandémie ou un abus de pouvoir – ne peut éteindre cette flamme», a-t-il souligné, le visage ferme, en précisant qu’il faudrait «célébrer notre démocratie, pas l’attaquer». Il s’est exprimé pendant une dizaine de minutes, gêné par un chat dans la gorge.

Un peu plus tôt, Donald Trump annonçait la démission de son ministre de la Justice, Bill Barr. Comme pour essayer de détourner l’attention de la confirmation de la victoire de Joe Biden. Le président républicain l’avait vivement critiqué ces derniers jours pour avoir osé dire que rien n’indiquait que l’élection avait été entachée de «fraudes massives». Bill Barr n’avait pas non plus jugé nécessaire de lui communiquer que Hunter Biden, le fils de Joe Biden, était sous enquête fiscale.

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Base électorale électrisée

Avant ce 14 décembre, les résultats du scrutin du 3 novembre avaient déjà été certifiés par les 50 Etats américains. Joe Biden a battu un record, en obtenant 81,28 millions de voix (51,3% des suffrages) contre 74,22 millions (46,8%) pour le président sortant. Mais pour Donald Trump également, il s’agit d’un record: jamais un président en exercice n’avait obtenu un score aussi élevé.

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C’est le 7 novembre que les grands médias américains ont officiellement déclaré Joe Biden gagnant, dans une certaine confusion. Rudy Giuliani, avocat en chef de Trump, a très rapidement lancé une série d’actions en justice devant les tribunaux de différents Etats où l’écart entre les deux candidats était serré. En vain. Rudy Giuliani n’a pu que constater des échecs en cascade. La Cour suprême a même dû intervenir, en refusant notamment la semaine dernière deux plaintes d’élus républicains du Texas et de Pennsylvanie sans même se prononcer sur le fond. De quoi rassurer sur le fonctionnement des institutions. Sur les neuf juges de la Cour suprême, Donald Trump a eu l’occasion d’en nommer trois, ancrant la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis encore plus à droite.

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Mais cet échec de la stratégie judiciaire de l’équipe Trump n’est pas total. Sur le plan politique, le président sortant semble avoir gagné des points en renforçant son image au sein de son parti. Selon un sondage de CBS, 82% de ses électeurs partagent son avis selon lequel Joe Biden n’est pas un président «légitime». Et un peu moins de la moitié pensent que le républicain ne doit pas reconnaître le vote du collège électoral. Le président sortant continue à électriser et à motiver sa base électorale. De quoi, peut-être, le pousser à réellement se porter candidat en 2024, et à compliquer la présidence Biden d’ici là.