Il y a Sarah Palin, devenue progressivement le boulet de John McCain, alors qu'elle devait signifier son envolée. Mais il y a aussi Joe Biden. Le numéro du colistier de Barack Obama ne répond plus depuis un bon mois. Celui qui est connu pour être un insatiable bavard reste muet face aux journalistes et évite les conférences de presse. «Où est donc passé Joe?» s'interrogent les médias. Joe rencontre les électeurs. Et, sur la route, il commet des gaffes aussi lourdes que celles de sa rivale républicaine.

«Prenez votre courage à deux mains: une crise internationale arrive», mettait-il en garde il y a quelques jours à Seattle. La raison? Les ennemis de l'Amérique, selon Biden, se préparent à l'arrivée d'Obama. Et ils ne tarderont pas, une fois le jeune démocrate installé à la Maison-Blanche, à «tester» la réaction de l'Amérique en lançant des attaques contre elle.

Cette tirade n'est pas dénuée de sens. Elle correspond bien à la définition d'une gaffe politique qui pourrait être de dire la vérité... par erreur. Ravie de l'aubaine, l'équipe de John McCain s'est empressée de bondir sur l'occasion pour souligner le péril que représenterait l'élection du démocrate. «Nous ne voulons pas d'un président qui inviterait le monde à tester l'Amérique à un moment où notre économie est en crise», commentait un McCain qui, depuis des mois, n'a cessé de mettre en avant, précisément, les risques qu'entraînerait l'élection d'Obama pour la sécurité nationale.

Le prétendant démocrate s'est vu obligé d'intervenir à son tour pour tenter de sauver les meubles. «Joe s'engage parfois dans des fioritures rhétoriques, disait-il. Mais je pense que le point central, c'est que la prochaine administration va être testée, quel que soit celui qui la dirigera. La prochaine administration va hériter de beaucoup de gros problèmes.»

Barack Obama a mis très longtemps à convaincre les Américains qu'il pourrait devenir sans risques le prochain commandant en chef de l'armée américaine. Un sondage montrait récemment que, pour la première fois, une courte majorité des électeurs lui faisait désormais confiance sur ce terrain. La bourde de Biden n'en est que plus problématique. Le sénateur avait été choisi par Obama pour qu'il lui offre la caution de sa longue expérience internationale. Or ce n'est pas la première fois que le candidat à la présidence se voit obligé de reprendre son «numéro deux» en matière de politique étrangère.

Dans cette fin de course électorale, les vice-présidents ne sont-ils que des fardeaux? Depuis mercredi, Sarah Palin n'en mène pas large, elle non plus. Rendues publiques par le site Politico, les dépenses liées à sa garde-robe continuent de s'étaler en une de tous les journaux: une facture de 150000 dollars, destinés à l'habiller, elle et sa famille, pendant les deux mois qu'ils auront fait campagne. Achetés dans les magasins les plus huppés de la Cinquième Avenue de New York, ces habits sont cher payés pour donner à la candidate républicaine l'allure d'une citoyenne presque ordinaire, en phase avec les préoccupations de l'Américain moyen. L'affaire est d'autant plus embarrassante que Sarah Palin n'a pas choisi elle-même ses luxueuses tenues, achetées par paquets de dix avec l'argent des électeurs républicains. De quoi donner l'image d'une candidate potiche, parée artificiellement des pieds à la tête pour remplir convenablement son rôle.

Au vrai, l'image de Sarah Palin est aujourd'hui devenue si mauvaise que même Arnold Schwarzenegger, passé lui-même sans transition de Hollywood au poste de gouverneur de Californie, en venait à exprimer des doutes. Face à une journaliste qui lui demandait si sa collègue républicaine était qualifiée pour devenir la possible présidente des Etats-Unis, l'ancien bodybuilder a eu cette réponse, tout en finesse: «Lorsqu'elle sera amenée à prêter serment, je pense qu'elle le sera.»