Taïwan organisera cette semaine des exercices militaires à balles réelles simulant une défense de l’île contre une invasion chinoise, ont déclaré lundi des responsables, alors que Pékin effectue de nouveaux exercices autour de l’île. «Nous allons nous entraîner à contrer des attaques ennemies simulées sur Taïwan», a déclaré à l’AFP Lou Woei-jye, porte-parole du huitième corps d’armée.

Les forces de l’île s’entraîneront à faire face à des débarquements mardi et jeudi dans la région de Pingtung, à l’extrême sud, a indiqué l’armée taïwanaise. Plusieurs centaines de soldats et environ 40 obusiers, seront déployés pour ces exercices, selon la même source. Selon l'armée, ces exercices étaient déjà programmés et ne sont pas une réponse aux exercices chinois.

Exercices poursuivis

Malgré les appels des Occidentaux et du Japon, la Chine a annoncé lundi la poursuite d’exercices militaires près de Taïwan, toujours en réplique à la visite de Nancy Pelosi sur cette île revendiquée par Pékin. Au lendemain du départ de Taïpei de la numéro trois américaine et présidente de la Chambre des représentants, l’armée chinoise avait lancé jeudi de vastes manœuvres «à tir réel» dans six larges zones tout autour de Taïwan.

Ces exercices, en tout cas dans cette configuration, devaient s’achever dimanche midi (6h en Suisse) selon l’administration chinoise de la sûreté maritime. Ils avaient pour but de s’entraîner à un «blocus» de l’île, selon les médias officiels chinois. Ils avaient suscité des critiques des chefs de la diplomatique du G7 (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne, Italie, Canada, Royaume-Uni), lesquels avaient estimé qu’il n’y avait «aucune justification» à ces manœuvres militaires «agressives».

Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, avait lui qualifié de «disproportion totale» la réaction chinoise. Avec ses homologues japonais et australien, il avait par ailleurs publié un communiqué appelant la Chine à stopper ses exercices militaires. Mais des manœuvres se poursuivent lundi.

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«Destruction de cibles»

«L’Armée populaire de libération (…) continue de mener des exercices pratiques interarmées dans l’espace maritime et aérien autour de Taïwan, en se concentrant sur des opérations conjointes anti-sous-marins et d’assaut en mer», a indiqué dans un communiqué le Commandement du théâtre d’opération Est de l’armée chinoise. Il n’a pas précisé dans quelles zones se déroulent ces manœuvres, ni si elles sont «à tir réel» ou non. Le ministère des Affaires étrangères taïwanais a déclaré dans un communiqué «[condamner] fermement la décision de la Chine de prolonger les exercices militaires. La provocation et l'agression de la Chine ont porté atteinte au statu quo dans le détroit de Taïwan et fait monter les tensions dans la région.»

Le président américain Joe Biden s'est dit lundi préoccupé par la poursuite des exercices militaires chinois près de Taïwan mais a affirmé ne pas s'attendre à une escalade. «Je ne suis pas inquiet mais je suis préoccupé par le fait qu'ils s'agitent autant. Mais je ne crois pas qu'ils fassent davantage que ce qu'ils sont en train de faire», a-t-il déclaré à des journalistes.

L’armée chinoise a mené ces derniers jours autour de Taïwan les plus grands exercices militaires de son histoire dans cette zone, envoyant avions de chasse, navires de guerre, drones et tirant des missiles balistiques. Ces manœuvres ont notamment permis de «perfectionner et améliorer les capacités de destruction de cibles insulaires stratégiques avec des frappes de précision», a déclaré un officier des forces aériennes chinoises, Zhang Zhi, cité par l’agence de presse Chine nouvelle.

La Chine estime que Taïwan, une île peuplée d’environ 23 millions d’habitants, est l’une de ses provinces, qu’elle n’a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise (1949). Opposé à toute initiative donnant aux autorités taïwanaises une légitimité internationale, Pékin est vent debout contre tout contact officiel entre Taïwan et d’autres pays.

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Près des côtes

Des responsables américains se rendent fréquemment dans cette île, mais la Chine juge que la visite de Nancy Pelosi, l’un des plus hauts personnages de l’Etat américain, a été une provocation majeure. La Chine a réagi en suspendant une série de discussions et de coopérations sino-américaines, notamment sur le changement climatique et la défense.

Pour prouver à quel point elle s’était approchée des côtes taïwanaises, l’armée chinoise a diffusé ce week-end une photo prise selon elle à partir d’un de ses navires de guerre, où l’on voit un bâtiment de la marine taïwanaise à quelques centaines de mètres seulement. Ce cliché pourrait être le plus proche du littoral taïwanais jamais pris par les forces de Chine continentale. L’armée chinoise a également rendu publique la vidéo d’un de ses pilotes de chasse montrant, de sa cabine de pilotage en plein vol, le littoral et les montagnes de Taïwan. Selon la télévision publique chinoise CCTV, des missiles ont survolé Taïwan cette semaine, ce qui constituerait une première.

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Une porte-parole de la diplomatie chinoise moquée pour un tweet sur Taïwan

Une porte-parole de la diplomatie chinoise faisait l’objet lundi d’une avalanche de moqueries en ligne, pour un tweet dans lequel elle justifie l’appartenance de Taïwan à la Chine… par le nombre de restaurants chinois sur l’île. «Baidu Maps (une des principales applications de plans en Chine, ndlr) montre qu’il y a à Taipei 38 restaurants (proposant de la cuisine de la province chinoise) du Shandong et 67 restaurants de nouilles (de la province) du Shanxi», a écrit dimanche Hua Chunying sur Twitter, réseau social bloqué en Chine. «Les papilles ne mentent pas. #Taïwan a toujours fait partie de la Chine. L’enfant perdu depuis longtemps finira par rentrer chez lui», a souligné en anglais la porte-parole, très connue du grand public dans son pays.

La Chine estime que Taïwan, une île peuplée d’environ 23 millions d’habitants, est l’une de ses provinces, qu’elle n’a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise (1949). L’argument de Hua Chunying pour affirmer la souveraineté de la Chine sur Taïwan a provoqué l’hilarité de nombre d’internautes étrangers. «Il y a plus de 100 restaurants de (nouilles) ramen à Taipei, donc Taïwan fait définitivement partie du Japon», raillait ainsi sur Twitter l’un d’eux, dans une réponse au tweet de la porte-parole.

«Google Maps montre qu’il y a 17 McDonald’s, 18 KFC, 19 Burger King et 19 Starbucks à Pékin. Les papilles ne mentent pas. La #Chine a toujours fait partie de l’Amérique», écrivait ironiquement un autre en reprenant la même formulation que Hua Chunying.

Connue pour ses remarques parfois acerbes et pas toujours diplomatiques, cette dernière est très active sur Twitter. Comme elle, de nombreux diplomates chinois ont investi ces dernières années le réseau social à l’oiseau bleu pour défendre, parfois avec véhémence et controverse, la position de leur gouvernement. L’une des figures de cette génération de diplomates décomplexés est Zhao Lijian, un autre porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Au début de la pandémie, il avait notamment provoqué une vive polémique en suggérant que des athlètes militaires américains avaient peut-être apporté le Covid-19 en Chine lors d’une compétition sportive.