Le président américain Joe Biden s’est dit favorable, ce jeudi 30 juin, à faire une entorse – ou «exception» – à la règle parlementaire de la majorité qualifiée pour protéger le droit à l’avortement. Ce dernier est remis en cause par la Cour suprême. Le démocrate de 79 ans traditionnellement très attaché aux usages législatifs a estimé lors d’une conférence de presse que, si besoin, les sénateurs de son camp devraient passer outre cette règle dite du «filibuster» afin de voter une loi fédérale sur l’IVG (Interruption volontaire de grossesse).

«Il faut codifier Roe v. Wade dans une loi» adoptée par le Congrès et «si le filibuster se met en travers du chemin», il faut faire une «exception», a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Madrid, à la fin d'un sommet de l'OTAN.

Voter aux législatives

La jurisprudence Roe v. Wade qui établissait depuis des décennies le droit à l'avortement partout aux Etats-Unis a été renversée par une Cour suprême désormais résolument conservatrice – après les nominations décidées par l'ancien président Donald Trump. Il appartient désormais aux différents Etats de se prononcer sur l'avortement, et nombre d'entre eux, contrôlés par les républicains, l'ont déjà interdit ou envisagent de le faire.

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Faute de pouvoir agir par décret, la stratégie de Joe Biden est d'appeler les Américains à voter en masse aux législatives de novembre, pour sauver voire élargir la majorité démocrate au Congrès. Si les démocrates, auxquels les sondages promettent jusqu'ici une nette défaite, l'emportaient malgré tout, il leur faudrait une majorité qualifiée de 60 sièges au Sénat pour respecter le fameux filibuster.

Sauf à passer en force à la majorité simple, soit 51 voix, ce que Joe Biden envisage donc désormais. Il a longtemps répugné à changer cette règle censée encourager le compromis entre les deux grands partis américains – démocrates et républicains.

Le président américain a aussi appelé à protéger plus largement le «droit à la vie privée» fondé jusqu'ici sur la jurisprudence. Il a plusieurs fois mis en garde sur une remise en cause par la Cour suprême d'autres acquis en termes de moeurs, comme le droit à la contraception ou le mariage pour toutes et tous.