Comment mener efficacement campagne depuis sa cave de Wilmington (Delaware)? Le démocrate Joe Biden doit faire face à ce casse-tête, alors que Donald Trump bénéficie d’une plateforme électorale de choix: le point presse quotidien, à la Maison-Blanche, sur l’évolution de la pandémie de coronavirus, visionné en moyenne par près de 8,5 millions d’Américains. Pour Joe Biden, c’est désormais sa cave qui devient son QG et les principales séances avec son équipe se font par Zoom. Il a, par ailleurs, changé de chef de campagne le 12 mars, en pleine pandémie. Mais surtout, il doit répondre à une question, essentielle: est-ce le bon moment pour attaquer Donald Trump, alors que des milliers d’Américains meurent du coronavirus? Joe Biden hésite. Et cela se remarque. Sa campagne est comme suspendue. A tel point que le hashtag #WhereIsJoe a fleuri sur les réseaux sociaux.

Resserrer les rangs

Depuis cette semaine, le candidat démocrate se sent toutefois un peu moins seul. Barack Obama, dont il était le vice-président, l’appuie désormais officiellement. Il l’a fait savoir à travers un message vidéo de 12 minutes diffusé mardi. Jusqu’ici, le prédécesseur de Donald Trump avait refusé d’intervenir dans la campagne. Il ne le fait maintenant que parce que Joe Biden est seul en lice côté démocrate. Lundi, Bernie Sanders, son dernier adversaire, a en effet clarifié sa position. Il a officiellement appelé ses électeurs à se ranger derrière le centriste. Le sénateur socialiste avait bien annoncé quelques jours plus tôt qu’il abandonnait la course à la Maison-Blanche, conscient qu’il ne pouvait pas rattraper son retard sur Joe Biden. Mais il conservait une position ambiguë: il souhaitait encore être présent lors des prochaines primaires et engranger des voix, histoire d’influencer le positionnement de son parti. Le voilà revenu à une attitude plus lisible, «pour vaincre le président le plus dangereux de l’histoire moderne de ce pays».

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Du côté démocrate donc, le message est clair: tous derrière Joe Biden pour vaincre Donald Trump le 3 novembre. Le besoin de resserrer les rangs se fait ressentir, alors que le parti est déchiré entre ses ailes centriste et progressiste. Mais Joe Biden, dont le principal talon d’Achille est de peiner à mobiliser les jeunes, reste privé de ses bains de foule, meetings et possibilités de serrer des tonnes de mains, lui qui privilégie les contacts humains. Il a beau s’exprimer sur les réseaux sociaux, diffuser des vidéos et s’essayer au podcast, il réduit sa visibilité. «Le coronavirus tue la campagne de Biden et le fait passer pour un idiot», relève l’historien conservateur Jay Cost, dans une opinion publiée dans le New York Post. Le président républicain traite son rival de 77 ans de «Sleepy Joe» et son directeur de campagne Brad Parscale assure que Biden suscite «peu d’enthousiasme» parmi les siens alors que les fans de Donald Trump seraient prêts à «passer à travers un mur de briques pour lui».

Des accusations non confirmées

Joe Biden est par ailleurs rattrapé par une polémique. Tara Reade, une ancienne assistante, l’accuse de l’avoir harcelée sexuellement en 1993. L’an dernier, comme sept autres femmes, elle l’avait accusé de comportements déplacés, de lui avoir touché le cou et les épaules. Mais dans un podcast le mois dernier, elle a été bien plus loin affirmant que Joe Biden l’avait «plaquée contre un mur au Congrès, mis sa main sous ses vêtements et pénétrée avec ses doigts». Elle se serait confiée à des proches, dit-elle. Mais aujourd’hui, plusieurs personnes de son entourage affirment ne pas s’en souvenir, et les médias paraissent douter de la gravité de ses accusations. Le New York Times relève clairement ne pas avoir trouvé d’informations confirmant un comportement sexuel déplacé de la part de Joe Biden. L’accusatrice a décidé de porter plainte la semaine dernière. Mais le texte ne mentionne pas directement Joe Biden, souligne le quotidien, qui a pu le consulter.

Cette polémique pourrait s’évaporer. Désormais, c’est bien le coronavirus qui devient le plus redoutable obstacle de Joe Biden. Barack Obama essaie de le soutenir comme il peut. En rappelant notamment que Joe Biden a mis en œuvre le Recovery Act après la crise financière de 2008, le grand plan de relance qui «a sauvé des millions d’emplois». «En ce moment, nous avons besoin que les Américains de bonne volonté s’unissent dans un grand sursaut contre une politique qui a trop souvent été définie par la corruption, la négligence, l’intérêt personnel, la désinformation, l’ignorance et de la pure méchanceté», a souligné l’ex-président. Sur Twitter, Barack Obama lui promet de le retrouver sur le terrain dès qu’il le pourra. C’est bien de cela qu’a le plus besoin Joe Biden. Ainsi que d’une femme pour briguer la vice-présidence. Comme il l’a promis.