L’initiative dit l’ampleur de la défiance à Washington: dans un courrier adressé lundi aux responsables d’une cinquantaine d’agences gouvernementales américaines, les 21 élus démocrates responsables de commissions parlementaires mettent en garde leurs interlocuteurs contre toute «destruction de documents ou correspondance» échangés durant la présidence de Donald Trump. Un enjeu de taille. Restés majoritaires à la Chambre des représentants en obtenant au moins les 218 sièges requis (les résultats ne sont pas définitifs dans plusieurs Etats), les démocrates pourraient contrôler de justesse le Sénat en janvier, où deux sièges jusque-là détenus par les Républicains sont en balance en Géorgie.

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Cette défiance est pire entre la Maison-Blanche de Donald Trump et l’équipe de Joe Biden affairée à la rituelle «transition». Un président américain dispose de plus de deux mois avant de prendre le contrôle du Bureau ovale après son investiture, le 20 janvier. Une date précédée par trois autres moments clés: la finalisation des résultats électoraux dans chaque Etat au plus tard le 30 novembre, la désignation par les Etats des grands électeurs le 8 novembre, puis l'élection par ces derniers du nouveau président le 14 décembre. Or pour l'heure, contestation des résultats de l’élection par le président sortant oblige, l’heure est au refus net de préparer tout passage de relais. Emily Murphy, nommée en 2017 par Trump à la tête de l’administration générale des services de l’Etat fédéral, a annoncé lundi son refus de débloquer les 10 millions de dollars prévus pour l’équipe du vainqueur. Donald Trump a aussi refusé que soit transmis à son adversaire le mémo secret quotidien que reçoit tout président, alors que Bill Clinton avait accepté, en 2000, de le communiquer à George W. Bush dans l’intermède de son fameux duel avec le vice-président Al Gore. La seule transition assurée, pour l’heure, est celle des services secrets qui protègent le chef de l’Etat. Une équipe entoure désormais Joe Biden.

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Pour ce dernier, une non-transition n’est pas sur le papier si dramatique. Sa collecte de fonds record pour la campagne (383 millions de dollars) lui permet de voir venir, et sa connaissance des rouages de l’Etat (trente-huit ans au Sénat, huit ans vice-président) est très complète. Joe Biden entretient aussi de très bons contacts avec Mitch McConnell, le chef de l’actuelle majorité républicaine au Sénat, tout juste réélu dans le Kentucky. Le président élu et sa vice-présidente, Kamala Harris, viennent enfin de finaliser une liste de 500 noms pour leur future administration, sous la responsabilité de Ted Kaufman, l’un des plus anciens collaborateurs de Biden. Son futur «Chief of Staff» à la Maison-Blanche, Ron Klain, vétéran de l’administration Obama et de Washington, est aussi bien préparé. Mais attention: sur les sujets internationaux, la période d’intérim est toujours délicate: «Rien ne justifie, en 2020, de mettre ainsi en péril la sécurité des Etats-Unis», a averti John Podesta, ex-collaborateur le plus proche de Bill Clinton à la Maison-Blanche.

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