Comme un feu qui crépite. Les préparatifs du sommet entre le président démocrate américain Joe Biden et son homologue russe Vladimir Poutine se précisent: il aura bien lieu à Genève, le 16 juin. L'information a été confirmée mardi par la Maison-Blanche alors que la veille encore la porte-parole Jen Psaki temporisait, signalant qu'il était encore trop tôt pour donner des détails.

La prudence s'imposait après l'affaire du détournement d'avion de Ryanair vers Minsk pour l'arrestation d'un opposant politique, le journaliste Roman Protassevitch. Alors que les capitales occidentales, Etats-Unis compris, ont dénoncé ce détournement à des fins politiques, Vladimir Poutine a confirmé son soutien indéfectible au régime d’Alexandre Loukachenko. Il rencontrera d'ailleurs le président biélorusse vendredi. 

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Une rencontre sensible

La rencontre à venir entre Biden et Poutine est des plus sensibles et pourrait faire des étincelles. Ingérences dans les élections présidentielles américaines, opérations de hacking et cybersécurité, contrôle des armes nucléaires, Ukraine, affaire Navalny et désormais affaire Protassevitch: les objets de contentieux sont nombreux. Joe Biden n'a par ailleurs pas hésité à approuver récemment le qualificatif de «tueur» à propos de Vladimir Poutine et a déclaré qu'il «payerait le prix» d'avoir tenté de déstabiliser l'élection présidentielle de 2020. La réponse du Kremlin a été immédiate: pour la première fois en 20 ans, l'ambassadeur russe en poste aux Etats-Unis a été rappelé. Mais la récente rencontre entre le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken et son homologue Sergueï Lavrov, à Reykjavik (Islande), s'est déroulée dans un contexte moins tendu que prévu, et a même permis le déblocage du dossier du gazoduc Nord Stream 2, avec la levée de sanctions américaines. 

Mardi, Sergueï Lavrov a une nouvelle fois affirmé, avant la confirmation officielle de la Maison-Blanche, que «comme le président russe Vladimir Poutine l'a souligné plus d'une fois, nous sommes prêts à examiner et à traiter toutes les questions figurant à l'ordre du jour bilatéral, ainsi qu'à travailler ensemble au règlement des problèmes régionaux et des conflits et crises régionaux». «Les dirigeants aborderont un ensemble de questions urgentes, au moment où nous souhaitons rendre les relations entre les Etats-Unis et la Russie plus stables et prévisibles», précise de son côté le communiqué de la Maison-Blanche.

Des nombreuses propositions de la Suisse

Avant d'être confirmée, la piste suisse avait plusieurs raisons d'être prise très au sérieux. D'abord, de hauts responsables de la Maison-Blanche n'ont pas hésité à la confirmer en «off» à plusieurs médias américains. Ensuite, la Suisse est prisée pour sa neutralité et Genève, hôte de nombreuses organisations internationales, a hébergé en 1985 la première rencontre entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. La diplomatie suisse s'est par ailleurs montrée très active, dès avril. Le ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a, à plusieurs reprises, notamment via l'ambassadeur en poste à Washington Jacques Pitteloud, proposé la Suisse comme lieu de rencontre pour la mi-juin, quand Joe Biden sera en Europe pour le G7 au Royaume-Uni (du 11 au 13 juin) puis au siège de l’OTAN à Bruxelles (14 juin).

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Les premiers signaux concrets sont apparus ce lundi, grâce à des mouvements d'avions officiels russes et américains du côté de l'aéroport de Genève, pour une rencontre entre Nikolaï Patrouchev, le secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, et Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden. En 2015, Genève a fait partie des villes qui ont hébergé les pourparlers aboutissant à l'accord sur le nucléaire iranien. C'est aussi là qu'a eu lieu, le 2 mars 2009, la rencontre mémorable entre Sergueï Lavrov et Hillary Clinton, alors secrétaire d'Etat. Une rencontre censée symboliser le «reset» des relations entre les deux pays, mais où la cheffe de la diplomatie américaine s'est surtout illustrée par une gaffe: le «bouton rouge» offert à son homologue russe comportait une erreur de traduction. Au lieu de «réinitilisation», il a été question de «surcharge».

L'administration Biden avait également prospecté d'autres lieux potentiels pour le sommet avec Poutine, comme Vienne ou Helsinki. Cette dernière ville a hébergé la rencontre entre Trump et Poutine en 2018, et pour ces raisons-là ne figurait pas en tête de liste du président démocrate. Donald Trump s'était ouvertement moqué des Renseignements américains, se distançant de leurs accusations d'ingérence dans l'élection présidentielle de 2016. Joe Biden tient à tout prix à rompre avec l'image de complaisance affichée par son prédécesseur à l'égard de Moscou. Mais il cherche également à maintenir le canal de communication ouverte et éviter l'escalade. Autre piste qui était envisagée: Bratislava, en Slovaquie, théâtre de la rencontre de 2005 entre George W. Bush et Poutine.

Le quotidien russe Kommersant a été le premier à évoquer la Suisse comme la piste la plus probable. Mardi, le président de la Confédération Guy Parmelin, s'est dit «très heureux» de la tenue du sommet à Genève. Et a exprimé un voeu: que les discussions soient «fructueuses pour les deux pays et la communauté internationale». En 2011, Joe Biden avait déjà rencontré Vladimir Poutine, alors qu'il était vice-président sous Barack Obama et Poutine premier ministre. Une rencontre lors de laquelle il lui avait déclaré: «Je vous regarde dans les yeux et je ne pense pas que vous ayez une âme.»

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