Le président Bill Clinton veut faire de l'Afrique du Sud le partenaire privilégié de la nouvelle politique africaine des Etats-Unis. C'est ce qu'il a affirmé jeudi, au premier jour de sa visite dans ce pays. «Il faut accentuer notre coopération pour construire ensemble un continent africain où la démocratie grandit et l'économie se renforce», a affirmé le chef d'Etat américain dans un discours devant le Parlement sud-africain, retransmis en direct à la télévision.

Auparavant, il avait été officiellement accueilli par le président Nelson Mandela et il s'était entretenu avec le vice-président Thabo Mbeki. Signe de l'importance de l'Afrique du Sud aux yeux de Washington, la visite du chef d'Etat américain – au Cap, puis à Johannesburg – est la plus longue de sa tournée africaine (trois jours). C'est la seule revêtant le caractère d'une visite d'Etat et la première d'un président américain en Afrique du Sud.

Pretoria, il est vrai, constitue l'allié idéal pour une Amérique soucieuse de développer sa présence économique en Afrique tout en s'affirmant comme le défenseur des réformes démocratiques. Géant économique sur le continent, l'Afrique du Sud produit un tiers de ses richesses. La démocratie multiraciale née des élections de 1994 est aussi devenue une puissance régionale sur le plan politique. Elle s'est faite le chantre d'une «renaissance» africaine basée sur le développement et la stabilité.

Economiquement, les Etats-Unis se sont rapprochés de l'Afrique du Sud en augmentant leurs exportations et leurs investissements dans ce pays depuis la levée des sanctions contre le régime d'apartheid. Washington représente aujourd'hui un des tout premiers partenaires économiques de Pretoria qui, de son côté, constitue la destination principale des capitaux américains sur le continent.

Ce rapprochement n'empêche pas Pretoria de continuer à manifester une ferme volonté d'indépendance par rapport aux initiatives américaines. Le vice-président Mbeki ne s'est ainsi pas privé d'émettre des réserves sur le texte de loi américain destiné à développer les relations économiques avec le continent africain. Dans un entretien repris jeudi par la presse sud-africaine, le successeur désigné de M. Mandela critique la logique de libéralisme commercial prônée par Washington. Il l'estime inadaptée et préjudiciable aux pays les plus pauvres, encore dépendants de l'aide étrangère.

Dans ce domaine, le président Mandela lui-même s'est montré particulièrement virulent à l'égard des Etats-Unis, en décembre, lors de la conférence de son parti, le Congrès national africain (ANC). Il a accusé les organisations opérant en Afrique du Sud grâce à l'aide publique américaine de «promouvoir leur propre agenda politique dans notre pays». Quitte à heurter Washington de front, le chef de l'Etat s'est toujours montré soucieux d'affranchir son pays et le continent de la tutelle des grandes nations occidentales. M. Mandela s'est ainsi opposé à la proposition américaine d'une force d'interposition africaine, estimant que l'initiative revenait aux pays africains eux-mêmes ou aux Nations Unies.

Toujours prompt à dénoncer le «diktat» des grandes puissances, le président Mandela a pris l'habitude de défier le géant américain. C'est dans cet esprit qu'il met un point d'honneur à entretenir des relations privilégiées avec des pays comme Cuba ou la Libye, bêtes noires des Etats-Unis. Au nom de la fidélité à ces pays qui ont soutenu l'ANC dans la lutte contre l'apartheid, M. Mandela provoque régulièrement des accrochages avec Washington. En octobre dernier, le chef de l'Etat sud-africain s'était rendu en Libye contre l'avis du gouvernement américain.

«Il ne peut y avoir un Etat qui s'arroge le rôle de gendarme du monde. Si d'autres pays se laissent dicter leur conduite, l'Afrique du Sud ne le tolérera jamais», avait alors déclaré le président Mandela dans un accès de colère à l'encontre des Etats-Unis. Depuis, la tension est retombée et il est peu probable que M. Clinton évoque ce sujet sensible. Du point de vue américain, sa visite constitue avant tout l'occasion de resserrer les liens avec un allié toujours difficile à manier.