Les 65 000 délégués attendus au Sommet de la Terre de Johannesburg risquent de ne pas voir grand-chose de la métropole sud-africaine. Littéralement parqués dans l'enclave chic (et blanche) de Sandton où se trouve le centre des congrès qui accueillera la conférence à partir du 26 août, la plupart des participants demeureront, durant les dix jours du sommet (voir en «Temps fort»), à l'écart de l'Afrique du Sud réelle. Ce qui n'est peut-être pas plus mal pour leur sécurité: autrefois poumon financier et commercial du pays, Johannesburg est tout, sauf une ville paisible et sûre. Les vols de voiture y sont endémiques. Les agressions sont le cauchemar de ces habitants. La misère y gangrène les bidonvilles de Soweto, symboles des années de l'apartheid. Le président sud-africain Thabo Mbeki espère profiter de la présence d'une centaine de chefs d'Etat et de gouvernement pour les faire adhérer et contribuer à son «partenariat pour le développement de l'Afrique», une initiative visant à obtenir plus d'aide des pays riches en échange d'une meilleure gouvernance. Mais la ville hôte de ce Sommet de la Terre incarne à l'excès les pires dérives du tiers-monde.

N'empêche: malgré la difficulté de la tâche, les autorités de Johannesburg espèrent bien saisir l'opportunité et tirer parti des millions de dollars investis par le gouvernement sud-africain pour l'accueil de la manifestation. Son maire, Amos Masondo, a promis de s'attaquer à la criminalité à la manière de l'ancien maire de New York, Rudy Giuliani, dont il a sollicité les conseils. Son objectif est de transformer «Jobourg» comme l'appellent ceux qui s'y rendent fréquemment, en métropole de «classe mondiale» d'ici à 2010. «Ce sommet va permettre de replacer Johannesburg sur la planète des affaires et du tourisme» explique Moss Mashishi, patron du JOWSCO, le comité d'organisation de ce grand raout consacré au développement durable. Un voeu pieux tourné en dérision par de nombreux militants associatifs, beaucoup plus sceptiques. Léon Louw, président de la Fondation sud-africaine du libre marché et du commerce informel a fortement critiqué les organisateurs du sommet qui «essaient de transformer Johannesburg en une sorte de Disneyland», réagissant aux expulsions par la police des vendeurs de rue habituellement installés aux alentours du centre de conférences, évacués «comme des ordures». «Les organisateurs ont supprimé toute trace de l'Afrique poursuit-il. Il n'y a plus que des Blancs partout et les seuls Noirs sont des serviteurs.» Preuve de ces tensions, au moins 77 personnes qui manifestaient contre l'augmentation du nombre de sans-abri en Afrique du Sud ont été interpellées jeudi par la police. Elles font suite à la manifestation de 4000 militants d'organisations de défense des sans-abri pour réclamer la fin de la politique des expulsions des camps de squatters.