John Ashcroft l'a répété sans cesse à Davos: il se bat pour le respect de la loi. On ne peut pas reprocher au ministre américain de la Justice d'avoir un tel but. Mais tous les moyens sont-ils légitimes dans la lutte contre le terrorisme? Dans un panel vendredi, John Ashcroft a trouvé un contradicteur de premier ordre en la personne de Kumi Naidoo, qui dirige Civicus. Pour cette ONG sud-africaine, les Etats-Unis se sont permis dans leur lutte contre le terrorisme de bafouer les droits de l'homme, notamment lors d'incarcérations en dehors des règles de droit commun.

John Ashcroft, lui, veut sécuriser le système. «Les cibles sont, au-delà des personnes, les valeurs», a expliqué le ministre qui chapeaute les services de sécurité américains, FBI (sécurité intérieure) et CIA (sécurité extérieure). Les services spéciaux doivent jouer un rôle prédominant dans cette bataille pour traquer l'information, désignée comme «l'amie de la sécurité», et il faut l'aide de tous les alliés des Etats-Unis dans cette bataille contre les atteintes à la loi et aux conventions internationales, notamment sur le droit de la guerre. «Nous avons besoin de ceux qui aiment la liberté.»

Les Américains n'ont-ils pas choisi délibérément le scénario du pire dans cette lutte? Le ministre qui s'était essayé à citer Martin Luther King («Il faut juger les gens sur leurs qualités, pas sur leur couleur de peau») fut sévèrement remis en place par Kumi Naidoo, un métis à la peau sombre avec une barbe. «Quand j'arrive dans un aéroport aux Etats-Unis, on ne regarde pas mes qualités et on me fouille à cause de ma couleur de peau.»

Pour le premier ministre de la Malaisie, Mahathir Mohamad, il faut s'attaquer aux causes du terrorisme et la lutte doit aussi conquérir «le cœur et l'esprit» des peuples concernés. La discussion a été une nouvelle occasion pour ce dernier de clamer son opposition à la guerre en Irak, qui pourrait tuer beaucoup d'innocents très éloignés des bases terroristes telles que la Tchétchénie ou l'Afghanistan.