Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a dénoncé jeudi les «mensonges» de John Bolton, l'ex-conseiller de Donald Trump. «Il est à la fois triste et dangereux que le dernier rôle public de John Bolton soit celui d'un traître qui abîme l'Amérique en violant la confiance sacrée qui l'unit à son peuple», a-t-il affirmé dans un communiqué. Il ne dément toutefois pas spécifiquement un passage du livre selon lequel il aurait lui-même dit une fois en 2018, à celui qui était alors conseiller à la sécurité nationale du président, que Donald Trump ne racontait «que des conneries».

L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, accuse le président américain d'avoir cherché l'aide de la Chine pour gagner sa réélection en novembre, selon des extraits explosifs d'un livre à paraître qui provoquent l'indignation des démocrates.

Figure de la politique américaine, l'ex-conseiller y décrit des échanges entre Donald Trump et des dirigeants étrangers d'autant plus embarrassants qu'ils font écho à l'affaire ukrainienne, qui avait valu au président américain une procédure infamante de destitution.

Le livre de John Bolton révèle que «le président Trump (a) vendu les Américains pour protéger son avenir politique», a réagi Joe Biden. «Si ces propos sont avérés, cela est non seulement répugnant moralement mais c'est aussi une violation du devoir sacré de Donald Trump envers les Américains.»

Les fuites dans la presse mercredi surviennent au lendemain de l'annonce d'une action en justice de l'administration Trump pour tenter de bloquer la parution de cet ouvrage (The Room Where It Happened, A White House Memoir), catapulté au sommet des ventes sur le site Amazon. Elle a insisté mercredi en engageant une nouvelle action en urgence avant la parution, prévue le 23 juin.

«L'interconnexion entre ses propres intérêts politiques et l'intérêt national»

Dans l'un de ses passages les plus explosifs, l'ex-conseiller y raconte qu'en marge d'un sommet du G20 à Osaka, Donald Trump avait «détourné» la conversation avec le président chinois Xi Jinping «vers la prochaine élection présidentielle» en plaidant auprès de Xi «pour qu'il fasse en sorte qu'il l'emporte», selon les extraits publiés simultanément par le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post.

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Lors de cette rencontre en juin 2019, le président américain «a souligné l'importance des agriculteurs et de l'augmentation des achats chinois de soja et de blé sur le résultat de l'élection», écrit dans ses mémoires ce faucon républicain, hostile au multilatéralisme et volontiers va-t-en-guerre.

«Les conversations de Trump avec Xi reflètent non seulement les incohérences de sa politique commerciale mais aussi l'interconnexion dans l'esprit de Trump entre ses propres intérêts politiques et l'intérêt national américain», souligne John Bolton, 71 ans, conseiller à la sécurité nationale d'avril 2018 à septembre 2019.

Une politique étrangère fustigée

Cette conversation de Donald Trump et «d'innombrables autres» ont «confirmé un comportement fondamentalement inacceptable qui érode la légitimité même de la présidence», accuse-t-il.

John Bolton évoque ainsi la procédure de destitution lancée au Congrès américain par les démocrates contre Donald Trump fin 2019: s'ils «n'avaient pas été à ce point obsédés» par l'affaire ukrainienne et avaient pris en compte plus largement sa politique étrangère, l'issue «aurait pu être bien différente».

Il avait pourtant refusé de témoigner à la Chambre des représentants, à majorité démocrate. Mais de premiers extraits de ses mémoires avaient fait irruption avec fracas dans le procès en destitution en janvier. Le président américain avait été acquitté par le Sénat, à majorité républicaine.

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Selon le Washington Post, John Bolton s'était inquiété, auprès du ministre de la Justice Bill Barr, «de la volonté de Trump de rendre des services à des autocrates, dont le» président turc Recep Tayyip Erdogan.

Des propos moqueurs de ses collaborateurs

Alarmés mais aussi parfois moqueurs devant sa façon de gérer les relations internationales, plusieurs poids lourds du gouvernement Trump, dont son chef de la diplomatie Mike Pompeo ou John Bolton lui-même, ont envisagé de démissionner, d'après le Washington Post.

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Dans un mot glissé à John Bolton lors du sommet historique entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en 2018, Mike Pompeo aurait ainsi écrit: «Il ne raconte que des conneries.»