«Ravi d'être là», John R. Bolton – qui passe aux yeux de beaucoup pour le grand méchant diplomate – a présenté mardi aux Nations unies à New York ses lettres de créance qui l'intronisent dans ses fonctions de nouvel ambassadeur des Etats-Unis.

Faut-il avoir peur de cet homme qui, sur sa réputation, sa personnalité, son passé, a divisé violemment le Sénat américain? Ses futurs collègues, comme Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, ont déclaré prudemment vouloir le juger sur ses actes, démontrant ainsi que l'ONU n'est pas pour rien le temple de la diplomatie mondiale. Pour les sénateurs démocrates, qui ont tenté par tous les moyens de s'opposer à sa nomination – en l'accusant notamment de pression sur des experts refusant de confirmer ses vues sur l'arsenal des Etats voyous – le choix risque, prédisent-ils, d'être désastreux pour l'Amérique. Joseph Biden, membre démocrate de la Commission des affaires étrangères du Sénat, a jugé que «après tout ce qui a été dit sur l'Irak et sur le mauvais usage des services secrets par les politiciens, nommer Bolton envoie exactement le message qu'il faudrait ne pas envoyer».

Pour ses partisans républicains, au contraire, John Bolton est l'homme idoine pour donner un grand coup de pied dans la fourmilière onusienne. Ils se réjouissent qu'il se soit engagé à appliquer en tout point le programme de réformes imaginé par l'administration américaine pour transformer la grande institution multilatérale.

Quoi qu'il en soit, la personnalité de John Bolton, un moustachu tonitruant né le 20 novembre 1948, est si controversée que George Bush a dû passer outre deux consultations négatives du Sénat américain et user de ses prérogatives de président pour le nommer par décret au creux de l'été. Il arrive donc à l'ONU fort du soutien réitéré du président, mais aussi affaibli par cinq mois de controverses à son sujet. Malgré une solide expérience diplomatique acquise sous les administrations républicaines précédentes – entre 1989 et 1993, il est notamment chargé des relations avec les organisations internationales –, l'homme a jadis critiqué sans ménagement l'ONU. En outre, à l'heure où cette institution doit gérer les menaces nucléaires nord-coréennes et iraniennes, l'intransigeance de John Bolton fait peur: beaucoup craignent que ce partisan de la manière forte ne fâche les alliés des Etats-Unis, qui, comme les Européens, sont plus enclins à la négociation.

Une presse pragmatique

Hier, la presse américaine réagissant à sa désignation avait choisi, à quelques exceptions près, de se montrer pragmatique. USA Today expliquait, par exemple, que ses éditorialistes, partagés entre l'idée séduisante d'une ONU forcée de se réformer et la crainte des déclarations à l'emporte-pièce dont le diplomate est coutumier, n'étaient pas parvenus à se décider pour ou contre sa nomination: «Nos discussions internes sur cette désignation ont été à l'image de celles du Sénat: beaucoup d'arguments, peu de résultats», avouait le quotidien. Les commentateurs du journal notaient toutefois que pour réussir, John Bolton devrait «changer de ton. La rhétorique dure sur la réforme de l'ONU, cela peut aller. Mais s'aliéner sans nécessité des alliés à l'heure de la lutte contre l'extrémisme, ce n'est pas possible».

Pour un New York Times beaucoup plus remonté, le seul bon côté de la décision de George Bush, c'est qu'«aussi longtemps que Bolton sera à New York, il ne provoquera pas de catastrophe diplomatique ailleurs». Ironie mise à part, le quotidien new-yorkais a vu le choix de John Bolton comme «une terrible nouvelle pour l'ONU» et le signe clair que Bush «a peu de respect aussi bien pour les Nations unies que pour la diplomatie internationale en général».