Diplomatie

John Bolton, un faucon prêt à bombarder l’Iran

Le président américain Donald Trump a nommé un ancien ambassadeur auprès de l’ONU au poste de conseiller à la Sécurité nationale. Ce va-t-en-guerre pourrait inciter l’administration américaine à porter le coup de grâce à l’accord sur le nucléaire iranien

On pensait qu’il était définitivement réduit au rôle de pundit, de commentateur de la chaîne conservatrice Fox News. Radioactif à la fin de l’administration George W. Bush, John Bolton, 69 ans, fait un retour en force au cœur du pouvoir. Nommé par le président Donald Trump au poste de conseiller à la Sécurité nationale pour succéder au général H. R. McMaster, qui avait lui-même succédé à Michael Flynn, il fait déjà trembler Washington. Peu après la présidentielle de novembre 2016, l’ex-cheffe de la diplomatie Condoleezza Rice et l’ex-patron du Pentagone Robert Gates avaient pourtant mis Donald Trump en garde contre le recrutement d’un personnage aussi sulfureux. Mais par son franc-parler et ses positions radicales, John Bolton a séduit un Donald Trump qui, à certains égards, lui ressemble.

Il y a quelques années, Le Temps a pu rencontrer cette figure controversée. Quand ce diplômé en droit de l’Université Yale reçoit dans son bureau de l’American Enterprise Institute, un influent groupe de réflexion conservateur à deux pas de Dupont Circle, au centre de la capitale, il est affable. Son vécu de trente ans dans les arcanes du pouvoir est loin d’en faire un être inaccessible. Et aucune question ne semble le déstabiliser.

Une vision d’un autre siècle

Derrière cette hospitalité se cache pourtant une vision du monde qui semble appartenir à un autre siècle. Une vision où la force militaire est la seule manière de garantir le statut de puissance mondiale de l’Amérique.
On le comprend vite: à ses yeux, la diplomatie, c’est Munich 1938. Quand il brandit l’un de ses livres, on saisit rapidement son leitmotiv: Surrender Is Not an Option (capituler n’est pas une option). En ce sens, il est l’exact opposé d’un Barack Obama dont il n’a cessé de vilipender la présidence pour avoir sacrifié le pays sur l’autel du multilatéralisme et de la coopération. Ambassadeur des Etats-Unis pendant un an auprès de l’ONU à New York, il s’est signalé par un profond dédain pour les Nations unies. Bruxelles n’a pas non plus oublié ses critiques au vitriol de l’Union européenne. Le droit international voire la Cour pénale internationale et les traités multilatéraux? Ils ne servent pas les Etats-Unis. Ils les brident.

Avec son épaisse moustache blanche, John Bolton reste la figure emblématique du néoconservatisme américain des années 2000, qu’on croyait condamné aux oubliettes de l’histoire. Introduit dans l’administration de George W. Bush par le vice-président Dick Cheney, il n’a pas laissé de grand souvenir au Département d’Etat. Lors des meetings quotidiens du matin avec le secrétaire d’Etat et ses adjoints, il s’est vite fait des ennemis. A commencer par les chefs de la diplomatie Colin Powell puis Condoleezza Rice. Il fut la courroie de transmission de Cheney à Foggy Bottom et, aujourd’hui encore, il continue de justifier l’invasion américaine de l’Irak en 2003.

Un nouvel Irak?

En prenant, le 9 avril, les rênes du Conseil de sécurité nationale, il pourrait bien radicaliser les positions de l’administration Trump. Ex-chef de la Section des intérêts américains à La Havane de 2005 à 2008, Michael Parmly exprime son scepticisme: «Vous voulez un nouvel Irak, mettez John Bolton dans l’appareil de sécurité nationale.» Dans une administration où règne le chaos, John Bolton pourrait exercer une influence considérable. Or, bien que ce poste au sein de la West Wing soit important, rares ont été ses occupants, à l’exception notoire d’Henry Kissinger, à avoir réussi à marquer fondamentalement l’action de la Maison-Blanche.

L’accord sur le programme nucléaire iranien conclu en 2015 par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l’Allemagne et Téhéran pourrait être la première victime de cette nomination. Selon John Bolton, l’«Iran deal» n’est pas le succès diplomatique décrit dans les capitales et confirmé par l’Agence internationale de l’énergie atomique. C’est «le Waterloo diplomatique d’Obama». On ne peut faire confiance à Téhéran. Des frappes préemptives contre les installations nucléaires iraniennes et un changement de régime constituent la seule stratégie possible. Si l’on ajoute le nouveau secrétaire d’Etat Mike Pompeo, un faucon anti-Iran, l’accord ne tient plus qu’à un fil et pourrait voler en éclats à la date butoir du 12 mai. A Tel-Aviv, la nomination de John Bolton, lequel juge «morte» la solution à deux Etats entre Israël et la Palestine, a été qualifiée de «formidable».

Sur le front de la Corée du Nord, si le sommet annoncé entre Donald Trump et Kim Jong-un devait avoir lieu et échouer, le conseiller à la Sécurité nationale pourrait chercher à imposer ses vues exprimées dans une récente tribune: mieux vaut lancer une frappe nucléaire préventive avant Pyongyang. Quant à Cuba, Donald Trump est revenu sur la politique d’ouverture d’Obama. Mais John Bolton pourrait le pousser à aller bien plus loin: rompre une nouvelle fois les relations avec La Havane. A Washington, les modérés le redoutent: John Bolton et Mike Pompeo vont libérer les instincts les plus sombres du locataire de la Maison-Blanche.

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