Etats-Unis

John Kasich, le «dernier espoir» face à Donald Trump

Le candidat républicain a remporté mardi les primaires de son parti dans l’Ohio. Une toute première victoire pour ce fils de facteur, qui met en avant sa longue expérience politique

C’est une victoire qui donne un nouveau souffle à sa campagne. Le républicain John Kasich a remporté mardi les primaires de son parti dans l’Ohio, Etat dont il est gouverneur. Fort de ce premier succès, il est convaincu de pouvoir remporter l’investiture républicaine.

John Kasich a prédit dans un communiqué qu’aucun des candidats républicains n’obtiendrait la majorité des délégués avant la convention du parti, nécessaire pour obtenir l’investiture. Il fait visiblement le pari d’une convention houleuse dans son Etat de l’Ohio en juillet lors de laquelle il se poserait en rassembleur.

Une alternative à Donald Trump

John Kasich se positionne comme une alternative crédible au milliardaire Donald Trump qui ne cesse de conforter son statut de favori. A 63 ans, le gouverneur de l’Ohio affirme aborder les vrais problèmes sans chercher à monopoliser les temps d’antenne à l’instar, selon lui, de ses adversaires. Au début du mois lors d’un débat à Detroit, dans le Michigan, il avait affirmé: «Pendant cette campagne, je n’ai jamais essayé d’aller ou de participer à ces mêlées qu’on voit maintenant sur les podiums.» «Et tout le monde me dit: vous semblez être un adulte sur les podiums», avait assuré cet anti-Trump.

Après l’annonce des résultats, John Kasich a d’ailleurs réaffirmé avec force son ambition. «Il s’agit de l’Amérique, il s’agit de nous unir et pas de nous déchirer», s’est-il réjoui, remerciant ses partisans à Cleveland, dans l’Ohio. Une prise de parole brièvement perturbée par un manifestant qui a crié «Trump, Trump».

Le milliardaire fait de l’ombre à sa campagne, tout comme Ted Cruz. John Kasich avait toutefois créé la surprise le 9 février en arrivant deuxième derrière Donald Trump dans le New Hampshire, après avoir sillonné l’Etat depuis mars 2015, quatre mois avant de déclarer sa candidature à la présidence. Affable et à l’aise sur le terrain, le gouverneur a choisi une campagne positive, face aux bordées d’insultes qui font le quotidien de certains de ses concurrents républicains. «Vous cherchez un conservateur comme Reagan? Vous en avez trouvé un», a affirmé sa campagne sur Twitter, montrant une photo de John Kasich serrant la main de l’ancien président républicain.

Le soutien de la presse

Le candidat républicain a engrangé les soutiens de la presse américaine. C’est à lui que le New York Times avait apporté son soutien le 30 janvier. Le quotidien affirmait que John Kasich était capable de compromis et croyait en la capacité du gouvernement à améliorer la vie de la population. Cela fait de lui «le seul choix plausible pour des républicains fatigués de l’extrémisme et de l’inexpérience qui s’affichent dans cette élection».

En septembre, le site RedState le définissait comme une sorte d’«idiot utile» dans cette élection. Le Boston Globe avait de son côté lancé un appel en sa faveur en janvier, juste avant la primaire républicaine du New Hampshire. «Les électeurs peuvent rendre un grand service à leur parti en votant pour une figure politique expérimentée», affirmait le quotidien américain. Pour le média Vox, il est même «le dernier espoir contre Trump». Ces soutiens médiatiques sont toutefois encombrants pour le candidat républicain: les conservateurs adorent détester ces représentants de la presse libérale, souligne Le Monde.

Pour autant, Kasich n’est «pas modéré» avait souligné le «New York Times». Le quotidien américain citait ses positions anti-syndicales, son opposition à l’avortement ou au mariage homosexuel, montrant par défaut combien le Parti républicain s’est déporté sur sa droite. Ce père de jumelles adolescentes aime à se présenter comme un «mari, père, ami, croyant».

Une longue expérience politique

Originaire de Pennsylvanie où son père était facteur, il a une longue expérience politique: gouverneur élu en 2010, réélu en 2014, il était auparavant membre de la Chambre des représentants (1983-2001) et élu du Sénat de l’Ohio (1979-1983). Il incarne donc l’establishment, l’homme politique traditionnel, ce qui n’est pas un avantage dans la course 2016, où nombre d’électeurs expriment leur mécontentement face au système politique. Des électeurs séduits par la campagne sulfureuse de Donald Trump.

John Kasich avait déjà envisagé une candidature à la présidence en 2000, avant de renoncer et de partir travailler comme banquier d’affaires et commentateur pour la chaîne Fox News. Il était pour la première guerre du Golfe en 1990-91, et pour l’invasion de l’Afghanistan en 2001. Mais il avait voté aussi avec les démocrates pour l’interdiction des armes d’assaut en 1994, sous la première présidence Clinton, s’attirant les foudres de la NRA, le lobby des armes.

Le gouverneur de l’Ohio avait aussi proposé dans les années 1990, en tant que membre de la commission budgétaire de la Chambre, sa propre version d’une couverture maladie universelle. «La politique est devenue méchante et désespérée, mais cela n’a pas à être comme cela», déclarait-il récemment, rappelant au passage son bilan de gouverneur ayant «réduit les impôts, équilibré le budget, créé des emplois et rejeté Obamacare», l’assurance santé mise en place par le président Obama.

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