Il a beau n’avoir remporté qu’une seule des trente-deux primaires déjà disputées, John Kasich pense toujours avoir une chance de décrocher l’investiture du Parti républicain pour l’élection à la Maison-Blanche du 8 novembre. Le gouverneur de l’Ohio a engrangé sa première victoire mardi dans son propre Etat, laissant onze points derrière lui le favori Donald Trump. Après les abandons de Scott Walker, Jeb Bush, Chris Christie et mardi de celui qui fut l’étoile montante des républicains Marco Rubio, John Kasich apparaît comme le dernier espoir de l’élite du parti d’imposer l’un des siens pour la présidentielle américaine. Sa mission première: empêcher que Donald Trump obtienne les 1237 délégués nécessaires à une investiture quasi automatique.

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La convention républicaine pourrait se transformer en souk

A 63 ans, ce fils de facteur qui a grandi en Pennsylvanie compte sur son expérience de gouverneur et son style politique pour convaincre un électorat séduit par le poujadisme du milliardaire new-yorkais. Mathématiquement, sa victoire en Ohio ne change pas fondamentalement la donne. Il lui faudrait en effet gagner plus de 100% des quelque 1000 délégués encore en jeu pour être investi automatiquement. Une impossibilité dont il a conscience. Mais il espère pouvoir négocier son sort lors de la convention républicaine de Cleveland, en Ohio, du 18 au 21 juillet. Il a déjà l’appui de deux experts qui ont participé à la dernière «brokered convention» de 1976. A l’époque, le président sortant Gerald Ford, qui n’avait pas obtenu le nombre de délégués nécessaires pour décrocher l’investiture, avait vu sa candidature contestée par Ronald Reagan. Il avait néanmoins fini par s’imposer.

A Cleveland, la convention pourrait vite se transformer en un souk où tout devient possible. Plusieurs noms pourraient d’ailleurs sortir soudain du chapeau, dont celui de Paul Ryan, actuel président de la Chambre des représentants. Les délégués ne sont tenus à voter pour le candidat pour lequel ils ont été choisis qu’à un premier tour de scrutin. Lors d’un second tour, ils peuvent donner libre cours à leurs préférences personnelles. Un panel composé de 112 personnes pourrait même décider de modifier les règles en vigueur en fonction des circonstances. John Kasich mise sur ce qui serait un tour de force. Jusqu’ici, le gouverneur de l’Ohio n’a réussi à sortir de l’anonymat que dans le New Hampshire en terminant second et dans le Michigan où il a terminé troisième. Mais il est convaincu que sa campagne positive saura persuader les électeurs outrés par la démagogie et la vacuité du candidat Trump.

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Dans les meetings électoraux, il aime rappeler que sous son règne de gouverneur, l’Ohio est passé d’un déficit budgétaire de 8 milliards de dollars à un excédent de 2 milliards. Il évoque son temps passé au Congrès où, en tant que président de la Commission du budget, il a contribué à l’équilibre budgétaire sous la présidence de Ronald Reagan dont il se réclame fréquemment. Comme si c’était une garantie de compétence en politique étrangère, il répète que le chef du Pentagone Donald Rumsfeld l’avait appelé dans son bureau au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Pas un mot toutefois dans son discours sur ses rivaux républicains. Il se contente de montrer que le projet de Donald Trump et de Ted Cruz d’expulser onze millions de sans-papier est irréaliste.

Un candidat modéré et raisonnable

Parmi ses atouts maîtres, John Kasich a l’authenticité. Il n’a jamais cherché à jouer un jeu et martèle qu’il n’a qu’un objectif: «Get things done», accomplir des choses. C’est la raison pour laquelle il s’oppose aux syndicats et aux écologistes, des empêcheurs de tourner en rond. Par pragmatisme, il a été l’un des rares gouverneurs républicains à avoir accepté d’élargir la couverture de Medicaid (assurance-maladie pour les plus démunis), une pièce centrale de la réforme de la santé menée par l’administration de Barack Obama. Quand il était à Washington, il avait la réputation de chercher des alliances bipartisanes avec les démocrates en matière budgétaire. Il n’en était pas moins un conservateur convaincu. Aujourd’hui, il a mis un peu d’eau dans son vin, tentant de se présenter comme un candidat modéré et raisonnable dans le cadre de primaires où les républicains ont opéré un virage à droite toute.

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Catholique, il n’en demeure pas moins ultra-conservateur quand il est question d’avortement et de mariage homosexuel voire même de changement climatique. En Ohio, ce gouverneur élu avec la vague du Tea Party en 2010 a promulgué pas moins de seize lois restreignant les avortements. A Cleveland, dans son Etat de l’Ohio, il peut espérer un miracle. Le cas échéant, promet Donald Trump, «il y aura des émeutes». L’électorat du milliardaire new-yorkais, remonté contre l’establishment, pourrait se rebeller contre un tel coup de force.