Combien de temps va-t-il tenir? C’est désormais John Kelly, jusqu’ici ministre de la Sécurité intérieure, qui aura la lourde tâche, comme secrétaire général de Donald Trump, de ramener l’ordre à la Maison-Blanche, rongée par une violente guerre des clans. Il devra imposer une certaine discipline et empêcher les fuites dans la presse.

Une de ses premières actions a été d’écarter Anthony Scaramucci, le sulfureux directeur de communication, qui n’a tenu que dix jours et avait traité son prédécesseur de «putain de schizophrène paranoïaque». Saura-t-il comme «Chief of staff» apporter un peu de sérénité à la Maison-Blanche et cadrer un président imprévisible, qui écoute peu ses conseillers? La clé de son succès ne repose que sur un mot: influence. Celle qu’il saura ou pas exercer sur Donald Trump.

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Un homme qui sait ce qu’il veut

Ancien général des Marines, John Kelly, 67 ans, a quarante-cinq ans de carrière militaire derrière lui. Il a notamment combattu en Irak et a perdu un fils en 2010, tué par une mine en Afghanistan. Autoritaire, il sait ce qu’il veut. Au sein de l’armée, ses collègues le respectaient pour sa loyauté et son humilité. C’est l’homme qui était chargé de construire le mur de séparation avec le Mexique, celui qui est à l’origine du controversé décret anti-musulmans. C’est lui aussi qui a tenu tête à Barack Obama contre la fermeture de la prison de Guantanamo.

En se débarrassant du «Mooch», le surnom d’Anthony Scaramucci, il démontre clairement qui commande: l’ex-financier de Wall Street avait eu l’imprudence de déclarer ne vouloir rendre des comptes qu’au président et pas au secrétaire général.

Dans les faits, John Kelly devient le plus proche collaborateur de Donald Trump. Ce dernier est certain qu’il fera «un travail spectaculaire». «Ce qu’il a accompli en matière de sécurité intérieure a brisé les records, si vous regardez la frontière», a souligné le président lors de la prestation de serment de son nouveau chef de cabinet. Une allusion à la lutte contre l’immigration illégale.

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Un maître mot: pragmatisme

Dans ses anciennes fonctions, John Kelly n’avait pas hésité, à plusieurs reprises, à dénoncer des dysfonctionnements à la Maison-Blanche et à exprimer sa désapprobation avec certaines décisions de Donald Trump. Comme le licenciement de l’ex-patron du FBI James Comey. Il aurait alors même songé à démissionner à la suite de ce limogeage. ll a aussi osé relativiser l’enthousiasme du président à propos du mur, conscient des difficultés concrètes pour l’ériger. John Kelly connaît bien les enjeux de la frontière sud: il a été à la tête du Commandement des forces américaines en Amérique du Sud et en Amérique centrale de 2012 à 2016.

Pragmatique, il n’a pas toujours tenu des propos très nuancés. Devant le Sénat en mars 2015, il avait insisté sur la nécessité de mettre fin aux filières de trafiquants, susceptibles d’être utilisées par des organisations terroristes, «par exemple pour faire entrer des armes de destruction massive aux Etats-Unis».

Constitution d’un grand jury

Sa nomination intervient en pleine crise avec la Corée du Nord et alors que les révélations à propos de l'«affaire russe» se succèdent à une vitesse vertigineuse. Donald Trump a réagi de manière particulièrement forte jeudi soir en apprenant, via plusieurs journaux américains, que l’enquêteur indépendant Robert Mueller aurait franchi une étape vers de possibles poursuites pénales, avec la constitution d’un grand jury. Une nouvelle fois, le président a parlé de «fabrication totale» et accusé les démocrates d’avoir inventé cette affaire d’ingérence russe dans la présidentielle américaine.

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Avant de rejoindre l’équipe de Donald Trump en 2016, John Kelly avait lancé à ses troupes: «Un jour, vous quitterez le corps des Marines, vous rangerez votre uniforme, mais vous ne cesserez jamais d’être un Marine.» C’est bien son autorité de général qu’il va devoir exercer à la Maison-Blanche. Ce travail a démarré dès son premier jour dans ses nouvelles fonctions. Il exige du sens politique, mais aussi du doigté. Là où la mission de John Kelly devient complexe, voire impossible, c’est qu’il doit éradiquer le chaos orchestré par le président lui-même, et s’imposer, sans heurter l’ego de ce dernier. Son degré d’entente avec la fille du président, Ivanka Trump, et son mari Jared Kushner, également conseillers de Donald Trump, sera aussi déterminant.

Son prédécesseur Reince Priebus n’avait pas vraiment les coudées franches, incapable de maîtriser l’agenda précis de Donald Trump. A CNN, il a justifié son départ en déclarant: «Le président voulait aller dans une autre direction.» Reince Priebus a aussi affirmé que le général Kelly était un «très bon choix». Une façon de lui souhaiter bonne chance.