Si Barack Obama et John McCain se sont tous deux prononcés pour la fermeture de Guantanamo, il ne faut pas s'attendre à ce que la prison soit fermée dès le lendemain de l'investiture du prochain président des Etats-Unis, le 20 janvier 2009. Jusqu'à présent, aucun des candidats n'a fourni de détails sur le calendrier ou les modalités de la fermeture. Pour le Center for Strategic and International Studies (CSIS), qui a publié en septembre un rapport sur la question, la fermeture ne pourra intervenir au plus tôt qu'en décembre 2009. Pour le Center for American Progress (CAP), un cercle de réflexion démocrate, il faudra au moins dix-huit mois. Les deux candidats ont promis de fermer la prison, ne serait-ce qu'en raison du dégât causé par les détentions sans jugement à l'image des Etats-Unis dans le monde. Mais le républicain John McCain et le démocrate Barack Obama diffèrent sur la procédure à suivre.

Tribunaux militaires

Barack Obama a voté contre la création des tribunaux militaires en 2006. Il est plutôt partisan de transférer les détenus passibles de poursuites dans le système de justice criminelle des Etats-Unis. John McCain, lui, a été l'artisan d'un compromis avec l'administration Bush, en 2006, qui a permis d'interdire formellement les mauvais traitements par l'armée (la CIA n'est pas couverte) mais il estime qu'il vaut mieux garder les suspects dans le cadre de la justice militaire.

Plusieurs clubs de réflexion travaillent depuis des mois sur la fermeture de Guantanamo. «Nous savons que certaines de nos recommandations correspondent aux positions des conseillers de Barack Obama», explique Sarah Mendelson, qui a rédigé le rapport du CSIS, établi à partir d'entretiens avec des militaires, des juristes et des ONG. Le groupe de travail préconise que le prochain président annonce la date de la fermeture de Guantanamo dès la première semaine de sa prise de fonctions. Une commission de personnalités éminentes (américaines) aurait pour mission de revoir les dossiers des prisonniers et de déterminer lesquels doivent être libérés, remis à des gouvernements tiers ou poursuivis sur le sol américain.

La question «la plus difficile» pour le groupe de travail, indique Sarah Mendelson, a été celle des «détentions préventives» sans jugement. En avril 2007 la sénatrice Dianne Feinstein a présenté, avec Hillary Clinton, un projet de loi visant à la fermeture de Guantanamo mais ne remettant pas en cause les détentions préventives. Un mois plus tard, le sénateur Tom Harkin, proche de Barack Obama, introduisait un amendement similaire mais sans cette clause. Deux amis de McCain, Joe Lieberman et Lindsay Graham, ont, de leur côté, proposé, fin juillet, un texte qui «réaffirme le droit du président à détenir des ennemis combattants dans le cadre du conflit armé avec Al-Qaida, les talibans et forces associées, quel que soit le lieu de leur capture, jusqu'à la fin des hostilités».