Chacun a son frère ennemi. Hillary Clinton a Barack Obama. Barack Obama a Hillary Clinton. Mais le républicain John McCain, lui aussi, a le sien: George Bush, bien sûr, le président le plus impopulaire de l'histoire des Etats-Unis, duquel il doit impérativement se démarquer s'il veut avoir la moindre chance de lui succéder à la Maison-Blanche.

Mardi, c'est à portes closes que le candidat républicain a rencontré le président, dans la ville de Phoenix, en Arizona, pour la première fois depuis trois mois. Alors que la campagne générale approche, George Bush est trop important en termes de collecte de fonds pour être simplement ignoré. Mais il est trop encombrant pour être vu à ses côtés en pleine lumière, comme le président lui-même l'aurait souhaité. La rencontre a donc eu lieu de manière furtive, presque honteuse. C'est comme un raccourci de la situation que vit le sénateur de l'Arizona.

Laissé pour l'instant relativement à l'abri par les démocrates, John McCain a eu tout loisir ces dernières semaines de préciser le programme qu'il entend défendre. Et surtout, la distance qu'il entend mettre entre lui et l'actuel locataire de la Maison-Blanche. Sur la question du réchauffement planétaire - «L'Amérique peut conduire les efforts et non les bloquer», disait-il récemment - comme sur la réponse de l'administration à l'ouragan Katrina - «Jamais plus un désastre de cette nature ne sera géré de la manière terrible dont celui-ci a été géré» - le candidat s'est certes directement opposé à George Bush. Mais s'il a mis à profit sa période de répit, c'est surtout pour rassurer son propre camp et pour se rapprocher singulièrement de la politique menée par l'administration actuelle sur toute une série de sujets.

Sur la voie actuelle

Début mai, alors que toute l'Amérique médiatique était occupée par les primaires démocrates en Indiana, John McCain annonçait ainsi ses choix pour la nomination des juges à la Cour suprême, une question particulièrement cruciale, puisqu'elle décide en grande partie des orientations du pays en termes de valeurs sociales. Que ce soit sur l'avortement, la peine de mort contre les délinquants mineurs ou le droit des minorités, le candidat républicain s'est employé à dire entre les lignes qu'il poursuivrait sur la voie actuelle. Or c'est une voie à sens unique: George Bush est à l'origine de la nomination des juges les plus conservateurs à la Cour suprême depuis un bon demi-siècle.

De même, en matière de baisses d'impôts pour les Américains aisés voulues par le président actuel: John McCain est passé d'une opposition claire à la promesse de les rendre permanentes. En outre, le sénateur vient aussi de dévoiler ses vues à propos d'un système d'assurance santé que la plupart des observateurs s'accordent à trouver injuste et peu performant: sa proposition d'une plus grande libéralisation du secteur ne fait en réalité que reprendre les grandes lignes d'un projet avorté de l'administration Bush.

John McCain le sait: cette série de prises de position risque de lui aliéner le soutien d'une partie de ses électeurs potentiels, séduits jusqu'ici par l'image d'homme politique indépendant qu'il s'est forgée au cours de sa longue carrière au Sénat. Mais face à Barack Obama (ou à Hillary Clinton...), le républicain sait aussi qu'il a besoin de toute la force de frappe d'un Parti républicain réuni derrière lui.

C'est sur l'Irak que les positions du sénateur sont les plus dangereuses à cet égard. Mardi, dans un discours consacré aux menaces liées à la prolifération nucléaire, McCain se faisait modéré, prônant le fait que l'Amérique sorte de son isolement international et «devienne un bon citoyen du monde». Mais, alors que son discours était interrompu par des opposants à la guerre, le républicain a semblé perdre patience: «Je n'abdiquerai jamais en Irak, répondait-il. Nos troupes reviendront avec la victoire et les honneurs. Nous sommes en train de gagner.»