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John McCain, jusqu’au bout contre Donald Trump

Le sénateur républicain publie une nouvelle biographie, alors qu’il lutte contre un cancer agressif. Il y règle ses comptes avec le locataire de la Maison-Blanche

Entre John McCain et Donald Trump, les hostilités ne sont pas près de retomber. Depuis son ranch de l’Arizona, le sénateur républicain, qui se bat contre une tumeur au cerveau, a fait savoir qu’il ne souhaitait pas que le président des Etats-Unis vienne à son enterrement.

Donald Trump a osé, pendant sa campagne électorale, remettre en question son statut de héros de guerre, en le qualifiant de «loser». Et tout récemment, un membre de son équipe de communication a été jusqu’à suggérer que le fait qu’il se soit érigé contre la nomination de la nouvelle patronne de la CIA n’avait «aucune importance», «puisqu’il est de toute façon en train de mourir». Ces propos ont déclenché une vive polémique.

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Torturé au Vietnam

John McCain fait partie des plus grands détracteurs républicains de Donald Trump au Congrès, avec Lindsey Graham, Marco Rubio, Susan Collins ou encore Lisa Murkowski. Une voix qui compte. Il a notamment dénoncé avec verve les déclarations ambiguës du président sur la torture, dont la très controversée pratique du «waterboarding», ou simulacre de noyade, réintroduite après les attentats du 11 septembre 2001. Il vient de contester la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA, en raison de son refus de reconnaître le caractère immoral de la torture, mais n’a pas pu se déplacer pour le vote.

John McCain sait de quoi il parle. Il a lui-même été victime de torture. Ancien pilote de la Navy, descendant d’une famille d’amiraux, il a échappé à deux reprises à la mort, lorsque son avion a été touché par des tirs de roquette. La deuxième fois, c’était à Hanoï, en octobre 1967, pendant la guerre du Vietnam. Il est parvenu à s’extirper de l’appareil en parachute, mais a atterri avec deux bras et une jambe cassés. Capturé par des soldats du Nord-Vietnam, il s’est fait transpercer l’épaule et une cheville. En prison, il a subi de nouvelles tortures, allant jusqu’à penser au suicide. A sa libération, en 1973, il a été décoré par le président Nixon.

Le sénateur vient de publier, le 22 mai, son septième livre, The Restless Wave (traduisible par «La vague agitée»). Trop faible pour en assurer la promotion, il en laisse le soin à son complice de longue date et coauteur Mark Salter. Mais l’élu âgé de 81 ans est heureux de pouvoir encore savourer les commentaires que ses nouveaux Mémoires, qui couvrent les années 2008-2018, suscitent. Il y évoque notamment la campagne présidentielle de Donald Trump et l’affaire de l’ingérence russe, avec son franc-parler habituel.

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«Expérience mortifiante»

John McCain est né sur la base militaire américaine de Coco Solo, au Panama. Il siège au Congrès depuis 1983, comme sénateur depuis 1987. Il a été candidat malheureux à l’élection présidentielle de novembre 2008, qui s’est soldée par la victoire du démocrate Barack Obama. Au sein du Parti républicain, le politicien a toujours fait preuve d’un esprit indépendant, n’hésitant pas à prôner l’assainissement du financement des campagnes politiques ou la régularisation d’immigrés clandestins. Plus récemment, il a voté contre l’abrogation de l’Obamacare, chère à Donald Trump, et tenait, malgré son traitement, à se déplacer au Sénat pour ne pas manquer ce vote crucial et pour contribuer à faire échouer le projet du président. Son cancer venait de lui être diagnostiqué une semaine plus tôt.

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Dans son livre, John McCain révèle que Barack Obama l’a appelé après ce vote. Il souligne aussi le malaise qu’il a éprouvé après sa prestation confuse et chaotique lors de l’audition de James Comey, patron du FBI limogé par Trump, devant le Sénat, en juin 2017. Il ne se savait alors pas encore malade. Il l’a qualifié de «président Comey». «Quelque chose s’est passé entre la lecture de ma question et le moment où je l’ai posée. A ce jour, je ne sais pas encore quoi. Mais comme cela a été abondamment commenté à l’époque, j’étais incompréhensible. C’était une audience très médiatisée, diffusée en direct sur les chaînes câblées […]. Ce fut l’une des expériences les plus mortifiantes de ma carrière publique. Même maintenant, je grimace en y pensant», écrit-il.

Un caractère frondeur

Des extraits de son livre ont été divulgués par la radio NPR avant sa parution officielle. Il y dénonce notamment le «refus de Trump de distinguer les actions de notre Etat de celles de régimes despotiques». «La fermeté apparente, ou la pseudo-apparence de fermeté façon téléréalité, semble être plus importante à ses yeux que nos valeurs», déplore-t-il. Il montre aussi du doigt sa manière de s’attaquer aux migrants et de discréditer les médias. «La flatterie garantit son amitié, la critique son inimitié», résume-t-il. Un documentaire sort en même temps (il sera diffusé la semaine prochaine sur HBO). Il y confie regretter de ne pas avoir choisi l’indépendant Joe Lieberman comme colistier en 2008, à la place de Sarah Palin.

Charismatique, John McCain a toujours osé se montrer iconoclaste, en porte-à-faux avec son parti, quand il le juge nécessaire. Ce caractère frondeur de celui qui n’a peur de rien, il l’avait déjà quand il était élève à l’Académie navale d’Annapolis: ses amours tumultueuses avec un mannequin brésilien et le recours à une strip-teaseuse ont fait parler de lui. Souvent qualifié de progressiste, le sénateur reste néanmoins opposé au mariage homosexuel. Il est aussi contre le contrôle des armes à feu.

Père de sept enfants

John McCain est père de sept enfants, dont une fille adoptée, originaire du Bangladesh. En février encore, sa fille Meghan confiait au magazine People: «J’espère qu’il reviendra vite à Washington pour tenir encore tête à Trump.» Le Texan s’accroche et continue de s’emporter à travers des communiqués. Mais Mark Salter l’a admis sur CBS: ce nouveau livre a bien des airs de dernier témoignage et a forcément été influencé par sa lutte contre la maladie. «Il tenait, avant de partir, à dire aux Américains à quel point ce pays compte pour lui, et ce qu’il pense que les Etats-Unis signifient pour le monde», précise le coauteur.

Il tenait surtout, une fois encore, à dire ce qu’il pense de Donald Trump. Et à en laisser une trace écrite.

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