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John McCain faisait partie des rares élus républicains qui osaient s’ériger contre Donald Trump, parfois violemment.
© Robyn Beck / AFP

États-Unis

John McCain, une vie au service de son pays

Le sénateur républicain connu pour son franc-parler est décédé samedi. Jusqu’au bout, il s’était élevé contre Donald Trump et ses excès

«Depuis un an, John a dépassé les espérances de survie. Mais l’évolution de la maladie et le vieillissement inexorable ont rendu leur verdict.» En annonçant, vendredi, qu’il mettait un terme à son traitement contre une forme agressive et incurable de tumeur au cerveau, la famille du sénateur républicain John McCain a immédiatement provoqué un déluge de messages de sympathie. Dans son communiqué, elle précisait surtout qu’il avait pris sa décision «avec sa détermination habituelle».

Septième livre publié en mai

Détermination: c’est bien l’une des qualités premières de John McCain, mort samedi à l’âge de 81 ans, dans l’Etat de l’Arizona. Ancien pilote de la Navy torturé pendant la guerre du Vietnam, ce conservateur anticonformiste n’a cessé, comme sénateur, d’affirmer ses convictions haut et fort, y compris quand elles allaient à l’encontre de son propre parti. Charismatique et volontiers iconoclaste, il n’a jamais cédé face aux remontrances des plus conservateurs.

John McCain faisait partie des rares élus républicains qui osaient s’ériger contre Donald Trump, parfois violemment. Il a été l’un de ses principaux détracteurs à propos de l’Obamacare, que le président voulait abroger. Pour John McCain, Donald Trump était «impulsif» et «mal informé». Son discours nationaliste et protectionniste le consternait.

Conscient qu’il ne lui restait que peu de semaines à vivre, il est parvenu à publier son septième et dernier livre le 22 mai dernier, The Restless Wave, Mémoires qui couvrent les années 2008-2018. Il y dénonce notamment le manque de critiques de Donald Trump envers son homologue russe, Vladimir Poutine, et son «refus de distinguer les actions de notre Etat de celles de régimes despotiques». «La fermeté apparente, ou la pseudo-apparence de fermeté façon téléréalité, semble être plus importante à ses yeux que nos valeurs», écrit-il. Il n’a pas hésité à qualifier le sommet entre les deux hommes, à Helsinki en juillet dernier, de «l’un des spectacles les plus honteux de l’histoire américaine». Son inimitié envers le président américain se résume d’ailleurs à l’une de ses dernières phrases: il a fait savoir qu’il ne voulait pas qu’il soit présent à son enterrement.

Lire aussi: John McCain, jusqu’au bout contre Donald Trump

Il s’est érigé contre l’espionne Gina Haspel

Fils et petit-fils d’amiraux, John McCain a souvent dénoncé les pratiques de la CIA en matière de détentions secrètes et de torture, dont la très controversée technique de waterboarding ou simulacre de noyade, réintroduite après les attentats du 11 septembre 2001. Si sa maladie l’a empêché de réapparaître au Sénat depuis décembre 2017, il n’a pas hésité, en mai dernier, via une déclaration écrite, à tenter d’inciter ses collègues à ne pas valider la nomination de Gina Haspel à la tête de la CIA. En vain.

Lire aussi: Une nouvelle patronne de la CIA accusée de torture

«Le rôle de Mme Haspel dans la supervision du recours à la torture est inquiétant. Son refus de reconnaître la torture comme immorale est disqualifiant», écrivait-il. L’entourage de Donald Trump n’a alors pas hésité à rétorquer que son opposition n’avait aucune importance puisqu’il était «de toute façon en train de mourir».

Le milliardaire l’avait déjà qualifié de «loser» pendant sa campagne électorale, jugeant qu’il ne méritait pas d’être considéré comme un héros de guerre. Alors même qu’il a été retenu prisonnier au Vietnam pendant cinq ans, entre 1967 et 1973, après que son avion de chasse a été frappé par un missile sol-air dans la région de Hanoï. John McCain avait alors abouti dans un lac, avec deux bras et un genou cassés. Il a failli être lynché par la foule. Après ses années de geôle où il a subi des mauvais traitements – c’est à cette époque que ses cheveux ont soudainement blanchi –, il a été décoré par le président Nixon, une fois de retour au pays. Mais, lors d’un meeting, Donald Trump a préféré dire: «C’est un héros de guerre juste parce qu’il a été capturé. J’aime les gens qui n’ont pas été capturés.»

Une affaire dévoilée en 2008

John McCain a été élu sénateur en 1986 après avoir siégé pendant trois ans à la Chambre des représentants. En 2000, il a brigué l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle, sans succès. Huit ans plus tard, ce «Maverick républicain», un des plus fervents défenseurs de la guerre en Irak, parvient à s’imposer comme candidat républicain à l’élection présidentielle, avec Sarah Palin, gouverneure de l’Alaska, comme colistière, un choix qu’il regrettera. Mais il a dû s’incliner devant le démocrate Barack Obama. L’équipe de son adversaire avait notamment ressorti, en pleine crise financière, l'«affaire Keating five» et rappelé ses liens avec un sulfureux personnage responsable de la faillite d’une société californienne de crédit immobilier dans les années 1980.

Esprit indépendant, John McCain a par la suite milité en faveur d’une plus grande transparence des financements de campagnes politiques. Il n’a par ailleurs pas hésité à prôner la régularisation de clandestins, alors que Donald Trump se fait un point d’honneur de construire un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. «Survivre à mon emprisonnement a renforcé ma confiance en moi, et mon refus d’une libération anticipée [il n’a pas voulu participer à un échange de prisonniers] m’a appris à me fier à mon instinct», écrivait-il, en 1999, dans un récit autobiographique.

En 2014, John McCain s’est aussi beaucoup investi dans le dossier des banques suisses accusées de fraude fiscale aux Etats-Unis. Il n’a pas ménagé Credit Suisse dans un rapport de 200 pages rédigé avec le sénateur démocrate Carl Levin, allant jusqu’à exiger l’extradition des Suisses impliqués.

Lire aussi: John McCain, au front contre la Suisse dans le litige fiscal

John McCain laisse derrière lui une femme et sept enfants, dont une fille adoptée originaire du Bangladesh. «John et moi venions de générations différentes, nous avions des origines complètement différentes, et nous nous sommes affrontés au plus haut niveau de la politique. Mais nous partagions, malgré nos différences, une fidélité à quelque chose de plus élevé, les idéaux pour lesquels des générations entières d’Américains et d’immigrés se sont battues et se sont sacrifiées», a souligné Barack Obama, à peine sa mort annoncée, dans une déclaration écrite.

Pour George W. Bush, John McCain est un «homme de profonde conviction et un patriote au plus haut degré». Donald Trump s’est de son côté contenté d’un tweet très sobre: «Mes condoléances et mon respect le plus sincère pour la famille du sénateur John McCain. Nos cœurs et nos prières sont avec vous!»

Ses funérailles auront lieu à la cathédrale de Washington et il sera inhumé à Annapolis, dans le Maryland. En attendant, les drapeaux de la Maison-Blanche et du Capitole ont été mis en berne.

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