Avec la défaite du travailliste Ken Livingstone lors de l'élection à la mairie de Londres, une page importante s'est tournée. Son successeur, Boris Johnson, 44 ans en juin, reprend le flambeau au moment où la capitale et la City donnent des signaux de faiblesse. Comme Ken Le Rouge, ce député conservateur, qui fut rédacteur en chef du décapant hebdomadaire The Spectator , a souvent été affublé du qualificatif de maverick , anticonformiste. Pourtant, la politique qu'il entend mener à la tête de Londres pourrait bien trancher avec celle de son prédécesseur.

20 milliards de francs

Le parcours des deux personnages explique déjà des visions du monde très divergentes. Ken Livingstone était issu d'un milieu ouvrier. Fils de diplomate né à New York, Boris Johnson a été formé dans la prestigieuse université d'Eton, où il y fit connaissance de l'actuel leader des tories, David Cameron. Historien passionné par l'Empire romain, il a réalisé voici deux ans un documentaire diffusé par la BBC intitulé The dreams of Rome dans lequel il dit tout le bien qu'il pense de l'époque romaine et tout le mal qu'il pense de l'Union européenne.

Sans expérience de gestion, mais pourtant responsable d'un budget de plus de 20 milliards de francs, Boris Johnson a déjà annoncé quelques mesures énergiques. Il a promis qu'il allait dégraisser les effectifs de City Hall, l'administration municipale. Mais aussi ceux de la London Assembly, le parlement de la ville qui a déjà très peu de pouvoir. Il entend utiliser ces nouveaux moyens pour affecter 440 policiers supplémentaires à la sécurité dans les transports publics londoniens. Le nouveau maire promet d'interdire la consommation d'alcool dans le métro afin de mettre fin aux «comportements antisociaux». Il entend même enlever le droit aux jeunes délinquants de pouvoir voyager librement avec les transports publics de la capitale.

Depuis plusieurs mois, des bagarres qui ont dégénéré ont coûté la vie à plusieurs jeunes au cœur de la capitale. Pas plus tard que vendredi, le lendemain de l'élection, un jeune de 15ans était tué à l'arme blanche à Southpark. Boris Johnson n'aura pas la tâche facile. Il devra négocier notamment avec le chef de la police, Ian Blair, connu pour être proche des travaillistes.

Le premier citoyen de la capitale est aussi très attendu sur la question du péage urbain. Introduit par Ken Livingstone au cours de son premier mandat, il ne sera pas remis en question. Mais il sera en partie révisé. Ainsi, Boris Johnson pourrait soumettre au vote l'extension de la congestion charge à l'ouest de Londres. Il va en revanche supprimer la surtaxe imposée aux 4x4 de 50 francs par jour.

L'un des gros dossiers que le trublion tory devra traiter en priorité au cours de ses cent premiers jours sera incontestablement le métro. Datant de l'ère victorienne, l'infrastructure est obsolète. Les fréquents dérangements ne manquent pas d'agacer les Londoniens. Boris Johnson a promis d'avancer des projets pour le moderniser. Il a aussi bon espoir de négocier un accord avec les employés du métro contre la grève. Professeur à la London School of Economics, Tony Travers juge cependant la conclusion d'un tel accord «très improbable».

David Cameron inquiet

Le programme de Boris Johnson reste encore flou et paraît léger sur certains points. Ainsi, parmi les 12premières mesures qu'il préconise figure celle de faire revenir les bus à impériale dans la capitale, qui ont été supprimés par son prédécesseur. Il entend aussi planter 10000 arbres dans les rues de Londres en supprimant le journal gratuit lancé par Ken Livingstone, The Londoner, qui coûte aux contribuables plus de 2 millions de francs par an.

Dans deux semaines, le nouveau maire va aussi recevoir la commission de coordination du Comité international olympique. Il devra lui montrer qu'il est capable de contenir les coûts prévus pour les Jeux olympiques de 2012 qui ont déjà bondi de 5 à 19 milliards de francs.

Reste une inquiétude chez David Cameron: que l'élection du conservateur au poste de maire porte préjudice à sa volonté de conquête du 10, Downing Street. Boris Johnson est connu pour ses satires et ses coups de gueule. Mais aussi pour ses gaffes. Pour certains commentateurs britanniques, il est d'ailleurs plus libertaire que tory.