Royaume-Uni

Johnson-Cameron, duel au sommet sur le Brexit

Le maire de Londres défend la sortie de l’Union européenne contre le premier ministre David Cameron

En allant à vélo à la chambre des communes lundi, avec son bonnet aux couleurs du métro de Londres, sa parka trop large et son sac à dos en vrac, Boris Johnson présentait son visage habituel: désordonné, habillé comme l’as de pique et au centre de tous les regards. En se rangeant derrière la campagne en faveur d’une sortie de l’Union Européenne, le maire de Londres, a électrisé la campagne du référendum. 

Il est l’homme politique le plus populaire du Royaume-Uni. Très drôle, longtemps célèbre pour ses apparitions hilarantes dans les talk-shows de la télévision britannique, l’homme exerce un vrai pouvoir de fascination. «C’est un soutien fantastique. Il peut atteindre des gens que je n’arrive pas à toucher», estime Peter Bone, un député conservateur.

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Une bataille pour le référendum... et la place de premier ministre

Le référendum pour rester ou sortir de l’Union Européenne voit donc s’affronter le premier ministre David Cameron et Boris Johnson, des rivaux de toujours. Ils sortent tous les deux de la très chic – et très chère – école privée d’Eton. Ils ont fait ensemble l’université d’Oxford, où une photo mémorable les montre en queue-de-pie, membres du club Bullingdon, un groupe de fils de riches connu pour ses débordements d’ivrognes dans les bars de la ville. S’il ne l’a jamais directement avoué, Boris Johnson, de deux ans l’aîné, a toujours été extrêmement jaloux du succès de David Cameron et rêve de le remplacer à Downing Street. «L’avenir du pays est réduit à la bataille entre deux anciens potes d’université», s’agace Nick Clegg, ancien vice-premier ministre et aujourd’hui simple député libéral-démocrate.

Au-delà du référendum, l’affrontement entre les deux hommes est une bataille qui pourrait décider du futur premier ministre britannique. Bien que David Cameron ait répété à plusieurs reprises qu’il n’avait pas l’intention de démissionner s’il perdait le référendum, il risque quand même de se retrouver sur un siège éjectable. «S’il perd, ce sera presque certainement la fin pour lui», estime Anand Menon, directeur d’UK in a changing Europe, un groupe d’universitaires.

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Dans ces circonstances, Boris Johnson, le leader du «Brexit», serait alors favori pour prendre la suite. Les membres du parti conservateur, qui détestent l’Union Européenne, l’éliraient très probablement à leur tête. «En cas de Brexit, il est presque certain qu’il deviendrait premier ministre.»

Le pari est loin d’être gagné. Même s’ils sont serrés, les sondages donnent en moyenne quelques points d’avance au maintien dans l’Union Européenne. Pourtant, même en cas de victoire du camp pro-européen, Anand Menon estime que Boris Johnson pourrait faire une bonne affaire. «Le leader des Tories est élu par les militants, et ceux-ci vont l’adorer pour avoir défendu le Brexit.» Le maire de Londres deviendrait alors le favori pour prendre la tête du parti conservateur, même s’il lui faudra attendre le départ de David Cameron.

Deux conceptions s'affrontent

De là à penser que Boris Johnson s’est rangé dans le camp des anti-européens par ambition politique, il n’y a qu’un pas, que beaucoup ont franchi. David Cameron ne s’en est pas privé à la chambre des communes lundi. «Je ne me présente à ma réélection (il a promis de ne pas aller au-delà de 2020, Ndlr). Je n’ai pas d’arrière-pensée autre que de faire ce qui est dans l’intérêt de notre pays.» Sous-entendu: contrairement à d’autres…

Le maire de Londres se défend, rappelant qu’il a toujours été très eurosceptique. En 1989, il était correspondant à Bruxelles du quotidien Daily Telegraph et n’était pas tendre avec Jacques Delors, alors président de la Commission européenne. Il assure avoir fait un choix de conviction, au nom de la souveraineté du Royaume-Uni: «Nous faisons face à un processus lent et invisible de colonisation de nos lois, et l’UE infiltre absolument tous les aspects de notre politique publique.» S’il félicite David Cameron pour sa renégociation avec Bruxelles, il estime que cela ne changera pas grand-chose. «Il n’y a qu’une seule façon d’obtenir le changement dont nous avons besoin, c’est de voter pour partir.»

Boris Johnson laisse aussi entendre qu’en cas de vote favorable à la séparation, le Royaume-Uni pourrait renégocier sa position avec les Vingt-Huit de façon vraiment avantageuse. Un éventuel accord pourrait alors ouvrir la voie à un deuxième référendum. L’idée a été ridiculisée par David Cameron. «Je ne connais pas beaucoup de couples qui ont entamé un processus de divorce afin de renouveler leurs vœux de mariage!» Pour ce qui est de la relation entre les deux hommes, la comparaison avec un divorce est probablement adéquate.

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