Mardi soir, il recevait l’ex-stratège de Barack Obama David Axelrod, qui vient de publier un livre. C’est à cette occasion que Jon Stewart a communiqué sa décision de quitter le Daily Show qu’il anime depuis plus de quinze ans sur Comedy Central. La nouvelle peut paraître banale, mais elle a fait le tour des télévisions américaines tant le personnage a un impact qui va bien au-delà de la satire. En critiquant les médias, en commentant les nouvelles du jour, il fait souvent bien davantage de politique que bien des journalistes. Il reçoit les personnalités d’Amérique sans gêne et ne se prive jamais de les questionner durement si nécessaire. L’ex-secrétaire à la Santé Kathleen Sebelius en avait fait la triste expérience. Sous nos latitudes, Peter Maurer, qui fut un excellent ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU à New York, passa lui aussi un moment difficile sur le plateau du Daily Show. Invité de Jon Stewart, il avait complètement raté son passage dans l’émission face non pas à Jon Stewart, mais face à l’un de ses acolytes John Oliver, qui l’avait interpellé sur le rôle de la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale avec l’humour décapant caractéristique du Daily Show. Mais le diplomate suisse n’avait pas su avoir le ton juste pour lui répliquer, restant figé et terriblement sérieux.

John Stewart, comédien, juif new-yorkais de 52 ans, est considéré comme l’une des voix progressistes (de gauche) les plus influentes du pays. Il a l’art du contre-pied. Lundi soir, alors que tous les médias accablaient le présentateur vedette des Nightly News de NBC, Brian Williams pour avoir menti au sujet d’un reportage en Irak et sans doute lors d’un autre reportage à la Nouvelle-Orléans, Jon Stewart s’est appliqué à montrer le manque total de proportionnalité des médias outre-Atlantique, rappelant que ces derniers avaient suivi l’administration de George W. Bush dans son invasion de l’Irak alors que les raisons qui l’avait poussée à déclarer la guerre à l’Irak de Saddam Hussein étaient des mensonges (armes de destruction massive inexistantes).

Illustrant le changement de mode de consommation des informations, le Daily Show, qui captive près d’un million de téléspectateurs chaque soir, a réussi à fidéliser les jeunes entre 18 et 30 ans qui aiment consommer de la politique à travers le spectre de l’humour et de la satire. Jon Stewart lui-même avait montré son engagement politique en organisant, avec un autre comédien Stephen Colbert, un vaste rassemblement (Rally to restore sanity) à Washington pour contrer les idées du Tea Party alors que ce mouvement réactionnaire était en plein essor en 2010.

Pour découvrir en vidéo les meilleurs moments du Daily Show, rendez-vous sur le blog de notre correspondant aux Etats-Unis «L’Amérique dans tous ses Etats»