Toujours habile à tirer les plus grosses ficelles et à les nouer ensemble, Tony Blair poursuit avec entêtement, parfois avec brio, son numéro d'équilibriste mondialiste. Je suis le meilleur ami de George Bush, voilà pourquoi je peux le mieux l'influencer, clame-t-il. Je veux la paix dans le monde, la fin de la pauvreté, la réussite des pays pauvres, des démunis, voilà pourquoi je traque les terroristes et les Etats voyous. Et la guerre «n'est pas inévitable», continue de répéter celui qui mobilise chaque jour davantage de troupes et de moyens vers le Golfe, à l'unisson dans les intentions (sinon dans l'ampleur du dispositif) avec Washington – mais pas avec une population encore très divisée. Tony Blair, qui n'oublie jamais une phrase sur les valeurs de justice et de paix, et la nécessité de s'ouvrir à l'échange avec l'islam, veut convaincre tous les réticents, parmi ses concitoyens comme dans le monde entier, de la justesse du combat américano-britannique contre les armes de destruction massive – entendez, l'Irak, puisque la Corée du Nord doit bénéficier d'une «autre solution». Mais tandis que ses propres préparatifs à l'action se déroulent comme prévu par ses chefs d'état-major, ses appels à considérer le conflit israélo-palestinien comme tout aussi important demeurent lettre morte. Tout comme les autres concepts généreux avec lesquels il jongle pour donner le change à ceux qui l'accusent d'être le «caniche» de Bush. L'ami fidèle de Washington a parfois de la peine à cacher sa frustration.