«Nous allons rentrer en campagne en septembre et je quitterai la tête de notre parti à ce moment-là. Il faudra alors une candidature qui dépasse les clivages. L’intérim sera exercé par Jordan Bardella.» En une phrase, prononcée dimanche à la fin de son discours au 17e congrès du Rassemblement national à Perpignan, Marine Le Pen a résumé les incertitudes qui pèsent désormais sur sa troisième candidature présidentielle et sur sa formation politique sèchement battue aux récentes élections régionales et départementales. Plutôt que d’enclencher tout de suite une nouvelle phase, l’héritière de Jean-Marie Le Pen, réélue présidente de sa formation par 98% des voix, a opté pour une solution provisoire avant tout destinée à panser ses plaies politiques. Son remplaçant intérimaire, âgé de 25 ans, occupe depuis plusieurs mois le devant de la scène, après avoir mené avec succès la liste européenne du RN en mai 2019 (23 eurodéputés, 23,31% des suffrages et 5,8 millions de voix). Mais en interne, sa stature suscite le doute, et ses liens avec le clan familial Le Pen attise les critiques sur l’impossibilité du parti à se réformer.

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Un boulet pèse notamment sur Jordan Bardella, compagnon à la ville d’une des filles de Marie Caroline Le Pen, la sœur aînée de Marine: son mauvais score dans sa région Ile-de- France (il a grandi en Seine-Saint-Denis, et a pris sa carte du FN à 16 ans), où la liste qu’il conduisait n’a raflé, dimanche 27 juin, que 10,79% des voix. Incapacité de trouver un angle thématique régional convaincant malgré son ancrage familial (sa mère a longtemps habité dans un immeuble modeste de Drancy). Absence de «profondeur» dans une région universitaire – la grande couronne parisienne – où sa maigre licence de géographie a souvent été citée pour illustrer son manque de compétences.

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«Bardella est là pour ses seules qualités télégéniques et médiatiques» grognait, dimanche à Perpignan, un élu local du Rassemblement national, proche de celui qui se verrait bien prendre la présidence du parti: Louis Aliot, le maire de préfecture des Pyrénées-Orientales (remportée en septembre 2020, plus importante municipalité RN), ancien concubin de Marine Le Pen, perçu comme plus proche des valeurs de l’ancien «Front». «On a beaucoup reproché à nos adversaires de ne pas incarner le monde réel. Or quelle expérience a ce nouveau patron du parti par intérim?» poursuit notre interlocuteur. D’où le soupçon d’avoir surtout été choisi pour éteindre le débat au sein du RN: «Marine Le Pen doute. Elle ne donne plus l’impression d’avoir envie de gagner la course à l’Elysée, estimait ce week-end, aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, un élu français de premier plan. Bardella, c’est l’alibi parfait: ses 25 ans permettent de dire qu’on mise sur l’avenir alors que le parti patine.»

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La candidate du Rassemblement National a, bien sûr, écarté cette hypothèse dans son discours: «Dans un système où une voix vaut une voix, la parole du peuple ne peut s’éteindre par le fatalisme ou l’indifférence, a-t-elle asséné. Le «gilet jaune» qui s’abstient ne fait qu’un seul gagnant: Macron. Le retraité qui voit sa retraite s’effriter et qui s’abstient se condamne à rester dans la misère. Je le dis à tous ceux qui se sont lassés: la bataille qu’on est sûr de ne pas gagner, c’est celle qu’on ne mène pas.» A Jordan Bardella d’assurer l’intendance, tandis que Louis Aliot soigne sa popularité auprès des militants, malgré les critiques sur sa gestion «clanique» de Perpignan. Et que le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour nourrit le suspense sur sa candidature. Au Rassemblement national, cette présidentielle sera bien celle de tous les dangers.