Le syndicat allemand de la métallurgie IG Metall réuni cette semaine en congrès doit élire ce mardi sa nouvelle direction. Peu de suspens pour ce scrutin: comme le veut la tradition, c’est le numéro deux de cette centrale, la plus grosse au monde avec 2,3 millions de membres, qui sera élu par les 500 délégués. Jörg Hofmann, 59 ans, visage rond, grosses lunettes, presque un air de professeur Tournesol succèdera à Detlev Wetzel. Pour la première fois dans l’histoire du syndicat, une femme, Christiane Benner, prendra le poste de numéro 2. Spécialiste des négociations tarifaires à la carrière atypique, Jörg Hofmann donnera à la centrale une nouvelle impulsion, en direction des femmes, des salariés d’origine étrangère et des jeunes. Il hérite d’une centrale en grande forme, aux caisses bien remplies, capable de s’imposer face au patronat.

Jörg Hofmann est né à Oppelsbohm dans une famille d’enseignants. Depuis, il n’a quasiment jamais quitté son Bade-Wurtemberg natal, cultivant un dialecte régional immédiatement identifiable lorsqu’il parle d’»Induschtrie». Sa carrière au sein d’IG Metall est atypique. Là où ses prédécesseurs ont tous suivi une formation en alternance d’ajusteur-mécanicien ou d’outilleur, Jörg Hofmann se destinait d’abord à l’agriculture, avant d’opter pour des études d’économie. Engagement dans les syndicats étudiants, deux séjours à Paris et à Brême au cours de ses études… Il fait à l’époque connaissance de Winfried Kretschmann, aujourd’hui à la tête du Bade-Wurtemberg et premier ministre président Vert d’Allemagne. Le jeune Hofmann envisage une carrière de chercheur. Et opte finalement pour le syndicalisme: «je voulais faire bouger les choses avec mon travail plutôt que d’écrire un cinquième rapport de recherche sur tel ou tel secteur que personne ne lirait jamais», expliquera-t-il plus tard. Avant d’ajouter: «mon engagement syndical à l’université m’aurait de toute façon fermé les portes pour une carrière universitaire.» Il débute sa carrière de fonctionnaire syndical à Stuttgart, chez IG Metall en 1987, chargé du département «amélioration et optimisation des séquences de travail.» Le Bade-Wurtemberg, la puissance de son industrie automobile avec Daimler, Audi, Porsche et Bosch… Le contexte est favorable à une solide carrière de syndicaliste. Traditionnellement, les augmentations de salaire et conditions de travail négociées par IG Metall à Stuttgart servent d’orientation à l’ensemble des négociations tarifaires menées ensuite dans le pays.

Dans les années 90, lorsque Daimler, Porsche ou Bosch perdent 20% de leurs effectifs à cause de la crise, Hofmann se fait remarquer pour son doigté lors de sensibles négociations avec le patronat. Son nom figure sous nombre de conventions collectives, comme celle de 2001, par laquelle le patronat s’engage à davantage de formation professionnelle; ou encore celle qui lève la distinction salariale entre ouvriers et employés de bureau ou celle de 2004 qui accorde davantage de flexibilité au patronat. Cet accord très contesté dit «de Pforzheim» permet au patronat de réduire temps de travail et salaires pour éviter les licenciements. Lorsqu’il est assis à la table des négociations, il en profite pour mettre en avant d’autres thèmes que les simples augmentations de salaire, condition indispensable à ses yeux pour gagner de nouveaux adhérents. Ses thèmes de prédilection sont l’innovation, la formation professionnelle dans un contexte de digitalisation du travail, la conciliation de vies privée et professionnelle, les mi-temps pré-retraite et la flexibilité du temps de travail. En 2003, Jörg Hofmann prend la tête de la section sud-ouest d’IG-Metall, l’une des plus grosses du pays avec 420.000 membres. Au pays de la cogestion, il est également membre des conseils de surveillance de Daimler et de Bosch.

Amateur de bonne cuisine, ce père de famille marié à une Portugaise parle français à la maison, aime le tennis et la randonnée, le jazz et la musique classique mais aussi le groupe de punk allemand «die Toten Hosen». Deux reproductions ornent les murs de son bureau de Stuttgart, une scène ouvrière sombre peinte par le Norvégien Munch, et l’affiche en noir et blanc d’une exposition de photo consacrée aux machines et au prolétariat, montrant un homme de profil, muscles tendus et courbé sur une machine qui semble le dépasser. Décidé à être plus présent que son prédécesseur sur la scène politique, Hofmann vient de louer une chambre dans une colocation du nord de Berlin.

«Avec Jörg Hofmann, on s’attend à un changement de style, explique le patron de la fédération patronale de la métallurgie Gesamtmetall, Oliver Zander. Il va essayer d’amener de nouveaux thèmes sur la table, comme la digitalisation de l’industrie.» Volkswagen peut déjà s’attendre à affronter un opposant intraitable, sur le dossier des conséquences du scandale aux diesels truqués. Le nouveau patron du constructeur Matthias Müller envisage de réduire les contrats d’intérimaires pour faire face à la crise dans une interview au Bild Zeitung? Jörg Hofmann rétorque aussitôt par voie de presse: «les salariés de VW et de ses fournisseurs n’ont aucune responsabilité dans ce scandale. Ca me met en colère que les salariés doivent maintenant avoir peur pour leur emploi et leur futur. IG Metall fera tout pour que les salariés ne doivent pas payer pour les erreurs du patronat.» A plusieurs reprises dans le passé, Jörg Hofmann s’en était pris à ces entreprises qui «courent derrière Toyota mais en tirent les mauvaises conséquences, en délégant toujours plus aux fournisseurs là où Toyota reprend de plus en plus de choses en mains propres.»

Dans le bras de fer qui l’opposera au constructeur de Wolfsburg, Jörg Hofmann disposera d’atouts de taille: IG Metall est de nouveau en croissance et gagne de nouveaux membres depuis 4 ans. Les caisses sont bien remplies. De quoi faire face à de durs conflits sociaux.