Un style de gouvernement basé sur «le dialogue, la tolérance et la transparence»; des réformes ambitieuses en rupture radicale par rapport à la politique de José Maria Aznar: au cours de son discours d'investiture devant le Congrès des députés (Chambre basse du parlement), José Luis Rodriguez Zapatero a mis la barre bien haut. Avec prestance, assurance et sur un ton calme, le chef de file socialiste, qui devrait être élu ce vendredi premier ministre – le cinquième depuis la fin de la dictature franquiste –, a égrené les points forts de son mandat autour de cinq axes principaux. Passage en revue de chacune des priorités de ce jeune (43 ans) avocat de formation, secrétaire général du Parti socialiste espagnol (PSOE) depuis quatre ans.

«Rénovation de la vie publique»

José Luis Zapatero veut en faire une des «clés» de son gouvernement dans trois directions distinctes: réforme du Sénat qui, «au lieu de n'être qu'une chambre d'enregistrement», doit devenir «un lieu participatif et de débat entre les différentes régions espagnoles»; révision de certains statuts d'autonomie (Catalogne, Andalousie, Galice…), mais refus de souscrire au plan «irrédentiste» des nationalistes basques modérés; enfin, «revitalisation» du Congrès des députés («Cortés»), devant être un «organe de contrôle du gouvernement» après avoir été, selon Zapatero, «marginalisé durant les deux mandats d'Aznar». En outre, le prochain premier ministre entend instituer une «réelle indépendance des médias publics» en mettant en place, d'ici au printemps 2005, un Conseil de surveillance de l'audiovisuel intégré par des «experts non politiques».

Politique extérieure

Pour Zapatero, il s'agit de renouer avec l'engagement proeuropéen de l'Espagne «qui n'aurait jamais dû être délaissé». Alors qu'Aznar ne voulait pas démordre du Traité de Nice, le nouvel exécutif va débloquer la situation et permettre, aux dires de Zapatero, d'aboutir à l'approbation du projet de Constitution européenne «avant la fin de la présidence irlandaise», soit d'ici à la fin juin.

Sur la question irakienne, le chef de file socialiste s'est montré vague quant au retrait d'Irak des 1300 soldats espagnols – sa principale promesse électorale – si, d'ici au 1er juillet, les Nations unies n'ont pas pris le contrôle des opérations. Zapatero a cependant affirmé lors du débat parlementaire qu'il respecterait sa parole tout en étant clair quant à son refus de composer avec une administration (celle dirigée par les Américains) qui «agit sans les Irakiens et contre les Irakiens». Il a aussi réaffirmé «l'objectif prioritaire» de son gouvernement dans «la lutte sans merci contre le terrorisme, contre toute forme de terrorisme». Autre mesure très symbolique: renouer des «liens très fort avec le Maroc», pays voisin avec lequel les relations ont été détestables sous Aznar.

Politique économique et sociale

La ferme volonté de Zapatero, c'est de concilier l'«austérité budgétaire», chère à Aznar, et un gros effort financier en faveur de l'éducation, de la recherche et du logement à prix modéré. En outre, les socialistes comptent augmenter de 25% le budget consacré à la recherche et au développement. Dans ce domaine, l'Espagne est une des lanternes rouges de l'UE. Le futur locataire de La Moncloa – siège du gouvernement, à Madrid – a aussi à cœur de «renforcer la cohésion sociale» en s'attaquant à l'instabilité de l'emploi (le taux de précarité est de 33%, le record de l'UE). Zapatero a en outre promis d'élever sensiblement le salaire minimum de 442 euros aujourd'hui à 600 euros (par mois), et d'augmenter les retraites les plus maigres.

«Citoyenneté»

Concernant l'épineux dossier de l'immigration, Zapatero veut, d'un côté, «lutter plus efficacement contre les flux clandestins» et, de l'autre, impulser «un Pacte national de l'immigration», incluant régions, municipalités et opposition. Le futur premier ministre a d'autre part prôné «l'égalité entre les hommes et les femmes dans tous les domaines», le mariage entre homosexuels et une «loi intégrale contre la violence conjugale» qui, a rappelé Zapatero, «tue une femme chaque semaine».